Anaïs

Un jour, il m’a fallu intervenir en tant que MJ dans une discussion entre joueur, parce qu’un gars disait à un.e genderfluid : « Non mais tu es née avec un corps de femme, donc arrête de vouloir être autre chose, les ours polaires eux ne veulent pas changer de sexe ». Je suis intervenue contre ses propos gerbants, mais il a fallu que j’insiste très longtemps pour qu’il imprime que son avis on s’en cognait et qu’il avait juste à la fermer.

Peggy

Dans mes premières expériences de maîtrise, j’interdisais aux joueurs de jouer des femmes, parce que j’en avais ras le bol de ne voir que des rôles de jeune vierge effarouchée ou de nymphomane.

Depuis, heureusement on a grandi, et j’ai rencontré plein d’hommes qui jouaient de très bons persos féminins, mais ceci dit, je crois que c’est ce qui me bloque toujours à jouer des hommes, la peur de tomber dans la caricature.

Morgane

Je joue sur table depuis une dizaine d’années. Avant cela, j’ai joué un temps par forum car j’étais à l’étranger. Sur forum, je n’ai jamais été victime ou témoin de propos sexistes (vis-à-vis des joueuses comme des personnages féminins, ce qui aurait pourtant pu être un axe de jeu). Il y avait globalement parité sur les forums que je fréquentais, les joueuses étaient appréciées et respectées, et tout se passait très bien. Sur table, même si dans l’ensemble, je ne rencontre pas de problèmes majeurs, il m’est toutefois arrivé de rager plusieurs fois face à des comportements pas très corrects.

1) À mon arrivée dans la ville où j’habite actuellement, je me suis trouvé un groupe régulier composé de 3 hommes qui m’ont très bien accueillie. Nous jouions chaque semaine au moins une fois, en changeant de jeu et de MJ au gré des envies. L’un de ces potes nous a un jour proposé de jouer dans un univers d’ambiance viking. Ce n’est pas vraiment ma tasse de thé, mais j’ai suivi le mouvement pour ne pas bloquer la partie. Pendant qu’on réfléchit aux personnages, il me dit que les autres ayant choisi tel et tel archétype, ce serait pas mal que je prenne celui de la chamane du village (classe féminine) pour le bien du scénario. C’est un personnage respecté et craint car lié à la magie et aux esprits. La chamane porte d’ailleurs des tatouages faciaux qui l’identifient comme telle. Ca ne me posait aucun problème de jouer une femme, j’alterne entre homme et femme sans faire de distinction. Donc pour l’arranger, je prends le perso qu’il veut. Grand mal m’en a pris : pendant tout le scénario, il n’a pas arrêté de me brider et de faire échouer mes tentatives de discussion avec les PNJ sous prétexte que « t’es une femme, t’es au même niveau qu’un esclave, pour eux ». Donc adieu la chamane respectée… S’agissant d’un scénario d’enquête, je n’avais donc quasiment pas accès aux PNJ pour leur tirer les vers du nez. Parce que j’avais accepté à sa demande de jouer un personnage féminin dans un univers pas forcément sexiste sur lequel il avait plaqué sa propre vision de la femme. Ça en dit long sur le sexisme ordinaire.

2) Entendre dire à un pot d’asso par un homme que de toute façon, il ne joue jamais avec une femme comme MJ, car les femmes sont incapables de maîtriser une partie.

3) Un scénario de Cthulhu : nous sommes trois joueuses et un joueur autour de la table, avec un MJ masculin. Parmi les joueuses, mes deux amies choisissent de jouer des personnages féminins, une infirmière assez charmante et une voyante étrange. Moi, j’opte cette fois-ci pour un homme.

Déjà, pendant toute la partie, le MJ n’a pas arrêté d’essayer de se taper l’infirmière par l’intermédiaire de ses PNJ. Que l’un d’entre eux fasse des avances, ça peut être une touche sympa qui met le charme du personnage en avant. Mais quand la plupart des PNJ s’y mettent, ça devient pénible.

Et comme si ça ne suffisait pas, le MJ décide de nous embarquer dans un scénario hautement sexualisé où nos personnages se sont retrouvés nues dans des cages à devoir accomplir des actes barbares ou sexuels sous la contrainte. Une fois évadés, on se dit ouf, ce pan là de scénario est terminé ! Non, il en remet une couche en expédiant nos personnages dans un asile où un monstre du mythe tente de violer les personnages de mes deux amies dans leur cellule, dans une scène extrêmement graphique et pesante et à grand renforts de détails…

Je me souviens que durant cette séance, nous avions échangé des regards de détresse avec mes copines. On dit quelque chose ou pas ? L’autre joueur masculin, en rétrospective, n’a pas spécifiquement ressenti la gêne qui nous saisissait parfois durant la campagne avec ce MJ.

Je joue assez souvent à Cthulhu, c’est un jeu que j’aime bien et souvent, on se retrouve dans des situations assez crades, mais de ce que j’ai pu jouer, on tombe sur des choses horribles qui sont arrivées à d’autres, on n’en est pas forcément victime soi-même ou délibérément prise pour cible, du moins. Sur cette partie, j’ai eu l’impression que le MJ ciblait systématiquement les PJ féminins pour leur imposer des situations à caractère sexuel toujours très lourdement appuyées, que nous subissions plus que nous jouions. Nous n’avons plus jamais rejoué avec ce MJ.

Je rejoins l’un des autres témoignages postés sur ce blog : pour moi, jouer est un loisir et je n’ai pas forcément envie de retrouver certaines pressions de mon quotidien de femme quand je pratique ce loisir. C’est pénible d’avoir en plus à se battre pour la place des femmes dans des univers fictifs qui ne sont pas nécessairement sexistes à la base, mais sur lesquels on a la vision réductrice de la femme en surimpression…

Gwen

[Avertissement : Viol]

J’ai 19 ans.

J’ai commencé le JDR à mes 16 ans, quand j’ai déménagé pour mes études.

J’ai trouvé une association et, très timide, j’y suis allée et je me suis rapidement intégrée.

Il y avait très peu de filles, mais une en particulier avec qui je m’entendais bien vu qu’on aimait le même archétype de personnage – le barbare/guerrier bien bourrin et qui parle pas trop (il m’est arrivé de jouer tous types de persos mais ça, c’est mon préféré).

Jamais la moindre remarque sexiste ou déplacée en jeu, le bonheur.

Sauf que, il y avait ce type-là, un peu bizarre, un peu dragueur. Il faisait quelques allusions in game et même IRL mais rien de bien violent. À une convention, il a tenté des approches sur plusieurs joueuses, en faisant jouer son statut de MJ. Il m’a approchée, et au fur et à mesure, je suis allée chez lui pour une créa de perso, et il a tenté de m’approcher. J’ai refusé, mais il a parlé, parlé, menacé, embobiné, menti, manipulé. Et il m’a violée. Plusieurs fois, pendant près d’un mois. Quand je suis enfin sortie de ce calvaire grâce à un autre membre de ce club de JDR, je suis allée en parler au conseil d’administration de celui-ci, vu que ce mec tournait en plus autour d’une autre fille. Ce qu’on m’a répondu ?

« Ouais on le sait c’est la troisième fois qu’il fait ça, on prévient les nouvelles arrivantes d’habitude, on a dû oublier pour toi. »

Et ils l’ont gardé, parce que c’était un joueur sympa et un MJ prolifique. Alors même qu’il utilise le club pour trouver ses « proies ». Alors même que, je l’ai appris par la suite, il adorait décrire des scènes de viol dans ses scénarios, même avec des « gamines » de 16 ans à sa table, mon âge de l’époque donc.

Ils l’ont gardé, et tant pis pour toutes les joueuses du club.

Alors, j’ai quitté le club et déménagé.

Portrait : Moody Tryme

Moody Tryme est la fondatrice de Infinite RPG, une plateforme dédiée au jeu de rôle textuel. Un regard de biais sur notre activité sur table.

« Ils m’ont dit : Est-ce que tu aimes écrire ? Ben oui. Est-ce que tu aimes jouer des personnages ? Ben je sais pas. Du coup j’ai juste rejoint une école de magie, où j’étais une sorcière et j’ai juste joué le jeu. Ça fait 12 ans maintenant. »

Télécharger l’entretien

Portrait : Claire

Claire a 28 ans et est éducatrice de jeunes enfants. Elle se passionne pour l’histoire et la lecture. « J’aime lire ! Sinon je ne serais pas là je pense… » me dit-elle sur fond d’étagères pleines de livres de Terry Pratchett. Depuis toute petite elle s’enfuit dans les rêves proposés par les médias de l’imaginaire, livres, séries ou films. « Et pourtant, j’étais nulle en écrit d’invention au lycée ! ». Elle a commencé le jeu de rôle récemment et a très vite mordu à l’hameçon.

Guylène : Bon alors déjà Claire, merci d’être là. Tu as commencé le jeu de rôle récemment en étant joueuses à quelques-unes de mes tables. Tu es très emballée par le jeu de rôle et tu veux jouer !
On va commencer par une question toute simple : pourquoi est-ce que tu as eu envie de faire du jeu de rôle ?

Claire : Je suis quelqu’un de très rêveuse et le jeu de rôle ça nous amène un peu dans l’imaginaire, dans le « fantasme », et donc ça m’a tout de suite attirée quand tu m’as proposé de jouer, ça m’a pas fait peur. Peut-être que le côté improvisé me faisait plus peur, mais l’attrait pour l’aventure et l’imaginaire étaient beaucoup plus forts.

G : Du coup toi aujourd’hui qu’est-ce que tu attends d’une partie de JDR, quand tu te mets à table avec des fiches et des dés ? Qu’est-ce que tu espères y trouver ?

C : Déjà j’attends une aventure avec des personnages hauts en couleurs. Avec des personnages atypiques, on a une synergie entre les personnages et les joueurs qui est très sympathique. Et puis j’aime beaucoup par exemple quand toi, en tant que MJ, tu dois interpréter un personnage, j’aime beaucoup le jeu d’acteur, le théâtre… De voir des gens réussir à interpréter des personnages, ça me plaît.

G : Je sais que tu es une très grande lectrice. Est-ce que quand tu joues tu retrouves des sensations similaires à quand tu lis ?

C : Complètement. Quand on lit on imagine plein de choses et après on a une sensation, une émotion qui passe. Dans les jeux de rôle c’est exactement pareil et c’est même frustrant quand on arrête une partie. Un livre, on peut avoir la suite de l’histoire rapidement, mais le jeu de rôle faut attendre ! On est rattrapée par la vie ! C’est très frustrant.

G : Est-ce que tu es joueuse de manière générale dans la vie ? Jeu de plateau, jeux vidéo, etc. ?

C : Oui, beaucoup de jeux vidéo, justement des RPG, et ça se rapproche pas mal des jeux de rôles. Comme Skyrim, les Elder Scroll, etc. Des jeux de société aussi. Et souvent j’aime les jeux de société qui nécessitent de se plonger dedans plutôt que les simples jeux de plateau.

G : Tu veux dire avec un univers ? Tu as des exemples ?

C : Oui… Alors justement je suis en train de me dire qu’il faut que je te donne des exemples mais comme par hasard je n’en ai pas en tête là… En fait, ça va paraître bizarre comme lien, mais je pense aux jeux de stratégie, de construction… Parce que du coup on créer un univers en créant une ville, etc.

G : Avec un côté développement et gestion qui s’ancre dans un univers donné ?

C : Oui c’est ça.

G : Pour l’instant, tu n’as joué au jeu de rôle qu’avec des amis, des gens que tu connais. Aujourd’hui, vers où est-ce que tu as envie d’aller en jeu de rôle ? De quoi as-tu envie, qu’est-ce que tu voudrais essayer ?

C : Alors je pense que je continuerai à rester dans ma zone de confort, c’est-à-dire d’être avec des amis. Après si ces amis avec qui je joue ont d’autres personnes avec qui ils veulent jouer, je pourrais plus facilement, si on me proposait, dire « oui » et jouer avec eux parce que je sais que ce sont des amis d’amis. Mais aller par exemple dans une communauté, dans ma ville, dans un club de jeu ou autre, ça non, ce serait trop difficile… Je ne suis pas assez confiante, je suis trop timide.

G : Pourquoi ?

C : C’est toujours un manque de confiance. Est-ce que je vais être appréciée ? Est-ce qu’on va m’accepter ? Est-ce qu’on va pas dire : « Ah mais elle, elle y connait rien… »… Tout ce côté-là, ça me ferait un peu peur.

G : Imagine demain tous les gens avec qui tu joues aujourd’hui déménagent à l’autre bout de la France… Qu’est-ce que tu fais ?

C : Bah je déménage ?! Non, non bah sur le coup je me dirais : « Bon bah tant pis », mais je pense qu’au bout d’un moment ça me manquerait un peu. Tu vois bien que je suis toujours dans la recherche et la demande vis-à-vis du JDR. Donc peut-être qu’au bout d’un moment ça me manquerait, et là j’oserais peut-être plus, comme on évolue tout le temps, me dire progressivement : « Bon bah allez saute le pas »… Et là aller dans un club ou autre. Parce que j’aime vraiment ça.

G : Donc au final la frustration l’emporterait.

C : Oui je pense.

G : Donc imagine demain tu vas jouer avec des inconnus en club ou en convention. À part la confiance en toi, qu’est-ce que tu appréhenderais ?

C : Bah c’est vraiment le côté « est-ce qu’on va m’accepter », en tant que joueuse. Est-ce que je me sentirais légitime ?

G : Donc de savoir si les autres vont te regarder comme si tu avais ta place parmi eux ?

C : Voilà, c’est exactement ça.

G : Du coup est-ce que tu penses que c’est propre au milieu du JDR ou si tu faisais du tennis ça serait pareil ?

C : … Bizarrement je pense que c’est plus dur au niveau du jeu de rôle, parce que j’entends pas mal autour de moi les gens de ce milieu dire « nous on est des… », « nous on sait », « nous on joue… »… Pas prétentieux, mais un peu : « On est au-dessus de vous parce qu’on arrive, on est stratégique, etc. ». Et ça, ça fait un peu peur. Je ne vois pas trop ça dans d’autres milieux. Après je ne connais pas tous les milieux hein. Mais le tennis par exemple, je me verrais beaucoup plus facilement me lancer là-dedans, voir les gens. Je ne sais pas pourquoi… En fait j’ai l’impression que les joueurs de JDR pensent que ce qu’ils font c’est extraordinaire – et je trouve que c’est extraordinaire en effet – et que ceux qui ne font pas ça ils ne savent pas ce qu’ils ratent. Alors qu’au final, chacun ses goûts, et on a tous le droit d’être là ou pas là. C’est une impression hein, après je me trompe peut-être.

G : Oui mais c’est intéressant et important, car cette impression, même si elle est fausse, elle doit bien venir de quelque part.

C : Après, c’est peut-être aussi parce que c’est quelque chose de pas trop connu, donc ça donne tout de suite un côté mystique et mystérieux, peut-être…

G : Est-ce que par exemple, en jeu vidéo, t’es déjà allée dans des communautés sur internet, jouer en ligne avec des inconnus ?

C : Ah non pas du tout.

G : Et ça t’attire ?

C : Pas du tout du tout.

G : Pourquoi ?

C : Bah déjà moi j’aime bien voir les gens en face… Et nan, bon un autre truc sur lequel il faut faire une confession… Comme je ne suis pas très bonne joueuse, si je joue en ligne les gens vont me dire : « Ah mais elle est trop nulle celle-là ». Je préfère jouer tranquillement et discrètement dans mon coin. Mais c’est aussi parce qu’il n’y a pas la personne en face.

G : Est-ce qu’on ne retrouve pas cette idée comme quoi c ‘est un milieu où on juge facilement ?

C : Ah bah oui, en jeu vidéo je trouve oui, et même plus que le jeu de rôle je pense. Quand je vais sur des forums, dès qu’il y a un p’tit gars qui pose une question, y a toujours une flopée de : « Ah mais t’es nul », « Quel noob », etc., et bien plus que dans les jeux de rôle.

G : Est-ce que tu suis l’actualité rôliste, est-ce que tu vas consulter des sites, des forums… ?

C : Alors non, je ne suis pas spécialement l’actualité. Mais du coup j’écoute les podcasts que tu postes sur Facebook. Mais pour l’instant c’est tout ce que je fais.

G : T’aurais envie ?

C : Ah oui clairement, parce que ça m’intéresse beaucoup, mais j’y pense pas.

G : Tu te verrais par exemple t’inscrire sur un forum ?

C : Ouais, je m’inscrirais, mais je ne participerais pas. Je ne suis pas quelqu’un qui participe beaucoup… J’aime beaucoup écouter les avis et les impressions des gens, mais je n’ai pas spécialement envie de donner mon avis et d’apporter quelque chose… Pour l’instant. Parce qu’après, quand je connais mieux un sujet, je vais peut-être plus vouloir apporter des choses. Mais comme je ne connais pas trop, bah je reste humble et j’ose moins donner mon avis.

G : Est-ce que tu aimerais participer de manière plus active à la vie rôliste en France ? À travers quoi ?

C : Ah oui… mais surtout en jouant ! Je pense que ça commence par ça et après (enfin, je sais pas, j’y connais rien, donc je sais pas comment ça se passe) peut-être s’impliquer plus. Mais je n’oserais jamais être MJ par exemple.

G : Faut jamais dire jamais…

C : Oui… Enfin pour l’instant, je ne sais pas si j’en ai la capacité.

G : Alors c’est marrant, parce que tu me dis ça, mais en même temps, toi et moi on est en train d’écrire une murder party.

C : Oui… c’est vrai… Oui maiiiis on est deux ! Je ne suis pas toute seule ! Je suis avec quelqu’un – toi donc – en qui j’ai confiance et je sais que ça va donner quelque chose de bien parce qu’on échange nos idées et si tu trouves que c’est nul tu vas me le dire, si tu trouves que c’est bien tu vas me le dire, etc.

G : Et vice versa ! Mais du coup… Que t’en aies conscience ou non, sur cette murder party tu seras MJ !

C : Oui… (rires) Mais je ne serai pas toute seule ! Et ça apporte énormément, même si au final…

G : Demain, tu apprends qu’il y a une convention de JDR pas loin de chez toi. Est-ce que tu y vas ?

C : Oui… Surtout que je suis en vacances ! (rires). Oui j’y vais si je peux et si j’ai le temps oui.

G : Tu irais toute seule ?

C : Ah bah non… Non je ne pense pas, je t’enverrais un message (rires). D’autant que je n’aime pas trop la foule donc si j’y vais toute seule, la foule me rebuterait trop….

G : Donc par exemple, si c’est une convention où – sans parler de jouer avec des inconnus à une table– y a des conférences, etc., où tu n’es pas obligée d’interagir avec des gens, même toute seule tu n’irais pas ?

C : Toute seule non. Avec quelqu’un qui partage l’intérêt oui, mais pas toute seule.

G : Du coup, je reviens sur la murder party. Qu’est-ce qui fait que tu t’es dit à ce moment-là : « Bah allez, je le fais ». Y a le fait qu’on soit toutes les deux… Mais quand même, mine de rien c’est un pas vers la création.

C : Oui mais c’est aussi le fait d’être enthousiastes à deux, de se dire : « Ouais, on va faire ça, on va faire ça ! Ah oui ça c’est trop une bonne idée ! », etc. J’aime bien imaginer des choses, donc forcément ça m’a motivée. D’inventer des choses à deux. S’enthousiasmer à deux, voir où on va le faire, etc. C’est ça qui m’a beaucoup plu.

G : Admettons : on écrit notre murder party, ça se passe super bien, etc. Est-ce que après tu te vois continuer d’écrire des choses toute seule ?

C : …. Pas tout de suite.

G : Pour l’instant tu ne l’imagines pas ?

C : Non.

G : Autre question : demain, je t’invite à jouer avec des gens que tu ne connais pas. Qu’est-ce qui te rebuterait complètement à table ?

C : Alors. Déjà, des gens renfermés, qui ne parlent pas. Bien sûr, on peut être timide, mais si quand j’essaye d’engager la conversation tu me réponds à peine, bah là tu peux être sûr que ça va pas passer. Ou si, dès que je fais un truc quelqu’un lève les yeux au ciel ou souffle, avec un côté un peu hautain ; ça, ça me gênerait ; et quelqu’un qui veut pas engager la conversation. Je suis quelqu’un de timide de base, donc si déjà je fais un effort pour te parler, s’il te plaît envoie-moi un signe. Je ne fais pas ça pour rien moi, j’me force pas pour rien !

G : Et pour ce qui est en jeu ? Dans la partie. Qu’est-ce qui te rebuterait ?

C : Hmm … Bah je sais pas trop parce que j’ai pas testé énormément de choses… Ah si ! Peut-être le côté un peu trop « lancer de dé tout le temps ». Enfin ça dépend de comment c’est fait, mais si on est tout le temps à lancer le dé dès qu’il y a un truc… Des tests de compétences, des dégâts, etc. Un système un peu lourd ça m’agace. Pour ma première partie c’était un peu ça. Bon après on était 4, on s’entendait très bien et on rigolait beaucoup donc ça passait. Mais c’est vrai que si ça avait été avec des gens que je ne connaissais pas, ça se serait moins bien passé.

G : Donc tu préfères des jeux qui demandent pas beaucoup de technicité, qui n’ont pas un système trop lourd…

C : Par exemple, j’aimerais bien essayer Microscope ! Ça a l’air fou comme jeu !

G : Alors c’est marrant, parce que quelque part c’est assez technique comme jeu. Y a pas de jets de dé, mais ça demande d’avoir beaucoup de règles en tête !

C : Oui mais y a beaucoup d’imaginaire ! Et c’est ça que j’aime beaucoup !

G : Du coup pour toi, un système lourd en termes de jets de dés et de gestion de la fiche de personnage, ça pète l’imaginaire ?

C : Un petit peu, quand c’est trop. Par exemple un système comme FU, c’est super sympa. C’est un système qui stimule l’imagination avec les « oui, mais … », etc.

G : Du coup aujourd’hui, est-ce qu’il y a des choses qui attirent ta curiosité particulièrement ? Des jeux, des évènements… ?

C : Alors j’avoue que pour l’instant je ne connais pas trop le milieu, je ne suis pas hyper initiée. Donc pour l’instant continuer à jouer, pour améliorer mes capacités d’imagination et d’improvisation. Et tester Microscope !

G : Et qu’est-ce qui te fait du bien dans le jeu de rôle ?

C : Hmmm. C’est une bonne question. Déjà d’apprécier un bon moment avec des amis. Mais c’est vraiment le fait de rentrer dans la peau d’un personnage, dans un monde pas forcément réaliste – même si ça dépend des jeux – et pendant trois heures t’es dans un autre monde, avec des gens incroyables, à créer une histoire ensemble… et hop, quand on revient dans la réalité y a toujours un petit temps de transition pour revenir au réel.

G : Est-ce que dans le milieu du jeu, ou même dans le milieu un peu geek, tu as déjà eu le sentiment de pas trop être à ta place ? De te prendre des remarques désagréables, etc., notamment en tant que femme ?

C : Alors non, mais je pense que c’est aussi parce que je ne côtoie pas beaucoup d’hommes… Au niveau de la féminité non. On m’a jamais dit : « Ouais c’est un truc de garçon » ou ce genre de choses. Après en dehors du milieu, je me suis déjà pris des remarques du type : « Ouais mais toi de toute façon t’es geek ». C’est plus les autres qui te font sentir que t’es à part parce que t’aimes les choses geek. À l’intérieur de ce milieu, je ne côtoie que mes amis, je suis dans une zone de confort. Donc les remarques désagréables viennent plus de l’extérieur.

G : Et du coup ces remarques que tu te prends de la part de gens qui sont en dehors du milieu geek, tu penses qu’on te les aurait faites si tu étais un homme ?

C : Non, je ne pense pas. De ma famille, je suis sûre que non. De mes amis… peut-être pas non plus. Y a toujours cette différence fille garçon dans la société, si une fille et un garçon font la même chose, les gens ne réagiront pas de la même façon.

G : Est-ce que dans le jeu de rôle il y a des choses que tu n’as pas aimées ?

C : Non, mais encore une fois, comme je suis dans une zone de confort avec des amis, ça me suffit à passer un bon moment. Des fois quand on joue, les autres joueurs pointent du doigt des choses négatives que moi je n’ai pas spécialement vues parce que je m’y connais moins. Donc j’ai apprécié d’être avec mes amis, je me suis amusée, mais c’est parce qu’il y a encore l’effet de nouveauté, donc tout est trop bien pour l’instant.

G : T’as pas encore trop d’outils de comparaison ou de filtre.

C : Oui voilà c’est ça.

G : Aujourd’hui qu’est-ce qui pourrait te faire arrêter le jeu de rôle ?

C : C’est une bonne question… Rien. Enfin sauf si on me dit : « Arrête de jouer ou je tue toute ta famille et tes amis » ! (Rires) C’est vraiment quelque chose qui me plaît, et honnêtement les moments de jeu de rôle font partie de mes meilleurs moments depuis longtemps, c’est assez extraordinaire !

G : Eh bien merci à toi Claire !