Anaïs

Un jour, il m’a fallu intervenir en tant que MJ dans une discussion entre joueur, parce qu’un gars disait à un.e genderfluid : « Non mais tu es née avec un corps de femme, donc arrête de vouloir être autre chose, les ours polaires eux ne veulent pas changer de sexe ». Je suis intervenue contre ses propos gerbants, mais il a fallu que j’insiste très longtemps pour qu’il imprime que son avis on s’en cognait et qu’il avait juste à la fermer.

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Peggy

Dans mes premières expériences de maîtrise, j’interdisais aux joueurs de jouer des femmes, parce que j’en avais ras le bol de ne voir que des rôles de jeune vierge effarouchée ou de nymphomane.

Depuis, heureusement on a grandi, et j’ai rencontré plein d’hommes qui jouaient de très bons persos féminins, mais ceci dit, je crois que c’est ce qui me bloque toujours à jouer des hommes, la peur de tomber dans la caricature.

Morgane

Je joue sur table depuis une dizaine d’années. Avant cela, j’ai joué un temps par forum car j’étais à l’étranger. Sur forum, je n’ai jamais été victime ou témoin de propos sexistes (vis-à-vis des joueuses comme des personnages féminins, ce qui aurait pourtant pu être un axe de jeu). Il y avait globalement parité sur les forums que je fréquentais, les joueuses étaient appréciées et respectées, et tout se passait très bien. Sur table, même si dans l’ensemble, je ne rencontre pas de problèmes majeurs, il m’est toutefois arrivé de rager plusieurs fois face à des comportements pas très corrects.

1) À mon arrivée dans la ville où j’habite actuellement, je me suis trouvé un groupe régulier composé de 3 hommes qui m’ont très bien accueillie. Nous jouions chaque semaine au moins une fois, en changeant de jeu et de MJ au gré des envies. L’un de ces potes nous a un jour proposé de jouer dans un univers d’ambiance viking. Ce n’est pas vraiment ma tasse de thé, mais j’ai suivi le mouvement pour ne pas bloquer la partie. Pendant qu’on réfléchit aux personnages, il me dit que les autres ayant choisi tel et tel archétype, ce serait pas mal que je prenne celui de la chamane du village (classe féminine) pour le bien du scénario. C’est un personnage respecté et craint car lié à la magie et aux esprits. La chamane porte d’ailleurs des tatouages faciaux qui l’identifient comme telle. Ca ne me posait aucun problème de jouer une femme, j’alterne entre homme et femme sans faire de distinction. Donc pour l’arranger, je prends le perso qu’il veut. Grand mal m’en a pris : pendant tout le scénario, il n’a pas arrêté de me brider et de faire échouer mes tentatives de discussion avec les PNJ sous prétexte que « t’es une femme, t’es au même niveau qu’un esclave, pour eux ». Donc adieu la chamane respectée… S’agissant d’un scénario d’enquête, je n’avais donc quasiment pas accès aux PNJ pour leur tirer les vers du nez. Parce que j’avais accepté à sa demande de jouer un personnage féminin dans un univers pas forcément sexiste sur lequel il avait plaqué sa propre vision de la femme. Ça en dit long sur le sexisme ordinaire.

2) Entendre dire à un pot d’asso par un homme que de toute façon, il ne joue jamais avec une femme comme MJ, car les femmes sont incapables de maîtriser une partie.

3) Un scénario de Cthulhu : nous sommes trois joueuses et un joueur autour de la table, avec un MJ masculin. Parmi les joueuses, mes deux amies choisissent de jouer des personnages féminins, une infirmière assez charmante et une voyante étrange. Moi, j’opte cette fois-ci pour un homme.

Déjà, pendant toute la partie, le MJ n’a pas arrêté d’essayer de se taper l’infirmière par l’intermédiaire de ses PNJ. Que l’un d’entre eux fasse des avances, ça peut être une touche sympa qui met le charme du personnage en avant. Mais quand la plupart des PNJ s’y mettent, ça devient pénible.

Et comme si ça ne suffisait pas, le MJ décide de nous embarquer dans un scénario hautement sexualisé où nos personnages se sont retrouvés nues dans des cages à devoir accomplir des actes barbares ou sexuels sous la contrainte. Une fois évadés, on se dit ouf, ce pan là de scénario est terminé ! Non, il en remet une couche en expédiant nos personnages dans un asile où un monstre du mythe tente de violer les personnages de mes deux amies dans leur cellule, dans une scène extrêmement graphique et pesante et à grand renforts de détails…

Je me souviens que durant cette séance, nous avions échangé des regards de détresse avec mes copines. On dit quelque chose ou pas ? L’autre joueur masculin, en rétrospective, n’a pas spécifiquement ressenti la gêne qui nous saisissait parfois durant la campagne avec ce MJ.

Je joue assez souvent à Cthulhu, c’est un jeu que j’aime bien et souvent, on se retrouve dans des situations assez crades, mais de ce que j’ai pu jouer, on tombe sur des choses horribles qui sont arrivées à d’autres, on n’en est pas forcément victime soi-même ou délibérément prise pour cible, du moins. Sur cette partie, j’ai eu l’impression que le MJ ciblait systématiquement les PJ féminins pour leur imposer des situations à caractère sexuel toujours très lourdement appuyées, que nous subissions plus que nous jouions. Nous n’avons plus jamais rejoué avec ce MJ.

Je rejoins l’un des autres témoignages postés sur ce blog : pour moi, jouer est un loisir et je n’ai pas forcément envie de retrouver certaines pressions de mon quotidien de femme quand je pratique ce loisir. C’est pénible d’avoir en plus à se battre pour la place des femmes dans des univers fictifs qui ne sont pas nécessairement sexistes à la base, mais sur lesquels on a la vision réductrice de la femme en surimpression…

Gwen

[Avertissement : Viol]

J’ai 19 ans.

J’ai commencé le JDR à mes 16 ans, quand j’ai déménagé pour mes études.

J’ai trouvé une association et, très timide, j’y suis allée et je me suis rapidement intégrée.

Il y avait très peu de filles, mais une en particulier avec qui je m’entendais bien vu qu’on aimait le même archétype de personnage – le barbare/guerrier bien bourrin et qui parle pas trop (il m’est arrivé de jouer tous types de persos mais ça, c’est mon préféré).

Jamais la moindre remarque sexiste ou déplacée en jeu, le bonheur.

Sauf que, il y avait ce type-là, un peu bizarre, un peu dragueur. Il faisait quelques allusions in game et même IRL mais rien de bien violent. À une convention, il a tenté des approches sur plusieurs joueuses, en faisant jouer son statut de MJ. Il m’a approchée, et au fur et à mesure, je suis allée chez lui pour une créa de perso, et il a tenté de m’approcher. J’ai refusé, mais il a parlé, parlé, menacé, embobiné, menti, manipulé. Et il m’a violée. Plusieurs fois, pendant près d’un mois. Quand je suis enfin sortie de ce calvaire grâce à un autre membre de ce club de JDR, je suis allée en parler au conseil d’administration de celui-ci, vu que ce mec tournait en plus autour d’une autre fille. Ce qu’on m’a répondu ?

« Ouais on le sait c’est la troisième fois qu’il fait ça, on prévient les nouvelles arrivantes d’habitude, on a dû oublier pour toi. »

Et ils l’ont gardé, parce que c’était un joueur sympa et un MJ prolifique. Alors même qu’il utilise le club pour trouver ses « proies ». Alors même que, je l’ai appris par la suite, il adorait décrire des scènes de viol dans ses scénarios, même avec des « gamines » de 16 ans à sa table, mon âge de l’époque donc.

Ils l’ont gardé, et tant pis pour toutes les joueuses du club.

Alors, j’ai quitté le club et déménagé.

Anonyme

Serial Gralistes – Épisode 3, « Pandore »

Quand j’ai intégré ma première association de JDR, il y a un joueur qui refusait que je joue à la même table que lui et qui ne m’adressait pas la parole.

« Parce que les filles, ça fout la merde. »

Anaïs

Quand je suis passée MJ sur un jeu en ligne, j’ai eu beaucoup de mal à me faire respecter au début, par un joueur avec qui j’avais de bonnes relations avant en tant que joueuse. En tant que MJ, j’ai vite découvert à quel point il trichait et se moquait des autres en les écrasant. Le type faisait de l’âgisme, du paternalisme et du sexisme à n’en plus finir. Et un jour, quand j’ai voulu le remettre en place après une énième tricherie il m’a dit : « Non mais, à ta place, je la ramènerais pas trop, tu viens d’arriver dans le staff, ça fait des années que je joue ». J’ai été tellement choquée et énervée, au début j’ai pas su comment réagir. Maintenant, la tendance s’est complètement renversée, je m’entends bien avec les joueurs et ils n’hésitent pas à venir me voir pour me poser des questions, mais ils savent aussi que je suis impitoyable en matière de sanction. Ce fameux joueur n’a toujours pas imprimé… tant pis pour lui.

Peggy

– Bon alors, tu veux jouer quoi ? La princesse ou la courtisane ?

– Euh, y a pas autre chose ?

– Ben non, tu sais, la femme à cette époque… Faut quand même que ça soit cohérent.

– OK… La crédibilité avant tout, c’est vrai qu’une nana chevalier, ça risque de remettre tout en cause…

– Nan mais tu comprends, c’est juste pas crédible !

– Et la magie et les orcs, ça c’est crédible ?