Portrait : Adrienne

EPEJ : Comment as-tu découvert le JdR ?

Adrienne : Comme indiqué sur le blog Mémoires de rôlistes j’ai découvert le JdR grâce aux jeux vidéos Baldur’s Gate et Baldur’s Gate II, d’abord en lisant les solutions dans le magazine PC Soluces puis en surfant (avec mon modem 56k) sur les forums consacrés aux jeux. Grande lectrice et amatrice de contes, légendes, livres en général et passionnée d’histoire, le JDR m’a permis de découvrir un grand nombre de références culturelles et historiques, par frottement avec la “culture rôliste” (Tolkien, Le Guin…) ou pour approfondir mes connaissances afin d’interpréter un personnage (notamment en ce qui concerne les personnages du “Livre des Cinq Anneaux” où mon intérêt pour les cultures et littératures asiatiques a grandi en même temps que ma connaissance de l’univers de L5A et d’autres jeux inspirés par l’Asie). J’avais également des dispositions car j’ai toujours aimé raconter des histoires et j’utilisais déja ma collection de Playmobil pour vivre et raconter des aventures romanesques et extraordinaires. Je voudrais saluer également l’influence du site “L’archiviste Warhammer” dont les articles sur les “Royaumes Oubliés” m’ont permis de mieux comprendre l’histoire et la géographie des lieux des romans que je lisais (car les romans TSR, bien que souvent mal écrits, sont un de mes plaisirs de lecture). La lecture du “Gouffre Maudit” de Loup Solitaire à été aussi une révélation vers 10 ans, soit 2 ou 3 ans avant que je commence à jouer, et même si dans mon esprit le Seigneur Kaï que nous incarnons est une Dame/Maîtresse Kai.

Ma famille jouait assez peu aux jeux de société, et j’ai grandi quasiment comme une enfant unique à cause de la différence d’âge importante avec mes frères donc mes souvenirs de parties de jeux de société sont rares et surtout dus à mes cousins et cousines ou amis et amies . Je pense toutefois que ces souvenirs agréables ont préparé le terrain pour ma pratique des jeux de toutes sortes (plateau, cartes, rôles, jeux d’adresse…).

 

EPEJ : Tu évoques le plaisir de lecture que provoquent les romans de TSR chez toi tout en reconnaissant leur médiocrité littéraire. Qu’est-ce qui fait que tu les apprécies malgré tout ?

A : Je pense que c’était en partie un succédané au jeu de rôle qui me permettait d’arpenter en lisant l’univers des Royaumes Oubliés quand je ne connaissais pas le jeu de rôle ou ne pouvait pas jouer faute de groupe ou d’envies des personnes avec qui jouer. Cependant certaines séries sont intéressantes à suivre et agréables à lire dans les conventions du genre (séries d’Elaine Cunningham, “Les Frères de la Nuit” de Scott Ciencin…) de même que certains romans. Relire un des ces romans me replonge également dans l’état d’esprit de mon adolescence, dans une certaine mesure, ce qui est en général agréable.

 

EPEJ : L5A propose un cadre social très contraignant et est un décor de jeu très codifié. La vérité y importe peu, les PJ sont écrasés par la hiérarchie, les us et coutumes nous prennent souvent à rebrousse-poil… Qu’est-ce qui fait, selon toi, que nous sommes tout de même fascinés par Rokugan, qui est tout sauf un univers de jeu reposant ?

A : C’est une bonne question car effectivement les personnages sont contraints par les us et coutumes, la hiérarchie, la politique des clans. Cependant, je pense que l’attachement à L5A tient à l’identification aux valeurs d’un des clans qui donne aux joueurs et aux joueuses le sentiment d’appartenir à ce clan comme le font leurs personnages. On peut y voir à mon avis l’influence du jeu de cartes à collectionner qui encourage une certaine identification de fan. Les enjeux deviennent alors en partie personnels ou prennent de l’épaisseur par rapport à d’autres jeux (exception peut être d’autres jeux à clans comme ceux du Monde des Ténèbres dont la sociologie des joueurs et joueuses est sûrement semblable). Malgré les stéréotypes des clans, il est possible et même souhaitable d’imaginer pourquoi et comment des personnages s’intègrent dans leur clan et intègrent ses valeurs, ainsi que comment ils et elles concilient leur individualité avec ces règles et attentes (d’où l’intérêt aussi du fameux “Game of 20 Questions” à la création de personnage). Personnellement je me reconnais tout à fait dans le clan de la Licorne et son “étrangeté” relative par rapport à la société rokugani, dans son goût pour les voyages et les rencontres avec l’étranger (voire l’étrange en ce qui concerne les Naga), dans la personnalité des fondateurs et fondatrices des familles qui ressemble en partie à la mienne (approche diplomatique de la famille Ide et ses Techniques au noms si évocateurs comme “The Heart Speaks”, ”The Heart Listens” notamment ou expérimentations magiques des Iuchi…)

Il est possible que ces conventions sociales encouragent les joueurs et joueuses à privilégier les moyens de résolutions de conflits ou la poursuite de l’intrigue par des moyens non-violents, ce qui est plutôt soutenu par le système de règles (mortalité du combat, rareté des soins magiques…). Le recours aux armes est plutôt cantonné aux contextes du duel ou de la bataille rangée, ce qui est encore une fois en phase avec le genre.

 

EPEJ : Si tu n’avais pas rencontré le JdR dans ta vie, quel autre loisir aurait pris sa place dans ta vie ?

A : Je suis quelqu’un de timide et je l’étais encore plus enfant et adolescente, où c’était maladif (agoraphobie, crises de panique lors des prises de parole en public…). Mes loisirs étaient et sont encore essentiellement des loisirs de “nerd” comme la lecture et le cinéma, mais je ne crois pas que j’aurai pu trouver un autre loisir qui me convienne aussi bien que le JDR.

 

EPEJ : As-tu le sentiment que le JdR t’ait aidé à accepter ces peurs ou bien au contraire que c’était un exutoire pour y échapper ?

A : Oui ce fut largement le cas, d’ailleurs c’était très gratifiant de voir que ce que j’écrivais était lu et apprécié par les autres joueurs et joueuses ou même ceux et celles qui ne jouaient pas directement avec moi sur des forums. J’ai vraiment pu “exister” socialement et particulièrement en tant que fille comme je ne le pouvais pas à l’époque dans la “vie réelle” en dehors de mon ordinateur. Toutefois j’ai toujours été plus à l’aise à l’écrit qu’à l’oral et c’était sans conteste un exutoire également, surtout à l’époque où j’ai connu un harcèlement quotidien à l’époque du collège.

 

EPEJ : Existe-il d’autres joueuses dans ton entourage ludique ?

A : Actuellement j’en ai rencontré deux et grâce au forum Casus NO, j’en connais quelques autres en ligne mais en personne je n’ai rencontré que très peu de joueuses. Lorsque j’ai commencé à jouer et surtout à maîtriser, la vendeuse de la boutique que je fréquentais a été une influence très positive et une amie pour moi dans un milieu où les femmes et les jeunes filles étaient peu présentes à l’époque (environ en 2000-2006). Par la suite, j’ai rencontré peu de joueuses, mis à part en ligne où leur fréquentation m’a aussi permis d’expérimenter avec mon identité féminine pendant l’adolescence. Voyant que je jouais un personnage féminin, certaines me confiaient des détails de leur quotidien de femme/jeune fille qu’elles n’auraient peut être pas confiés à des joueurs masculins qu’elles ne connaissaient pas vraiment bien (anecdotes de parents, angoisses sentimentales, problèmes de santé…)

 

EPEJ : Quand tu parles d’expérimentation avec ton identité féminine, est-ce à dire qu’entre autre, tu jouais des personnages féminins pour tester ta “légitimité” sexuelle ?

A : Je ne pense pas que cette légitimité était uniquement, ou même principalement sexuelle même si j’étais curieuse à ce sujet comme l’immense majorité des adolescent.es. Frustrée d’avoir été exclue de facto par les filles et par leurs parents des jeux entre filles, anniversaires et autres activités genrées vers l’âge de 10 ans brutalement, j’ai toujours souhaité retrouver une intimité (généralement non sexuelle) avec des filles ou des femmes d’où il me semblait avoir été arrachée brutalement et sans raison autre que les convenances ou l’hypothèse d’agressions sexuelles qui existaient seulement dans l’esprit de parents inquiets et rétrogrades. Le personnage d’Hadrien dans “Les Mémoires d’Hadrien” évoque d’ailleurs un sentiment similaire dans le magnifique livre de Marguerite Yourcenar. Cela dit, j’ai interprété des personnages homosexuels et hétérosexuels pendant plus ou moins longtemps et parfois en couple, d’une certaine façon c’était aussi un “terrain de jeu” pour explorer ces questions, d’autant plus que l’homosexualité et la sexualité en général étaient assez taboues dans ma famille.

 

EPEJ : Quels jeux maîtrises-tu en ce moment ?

A : Rêve de Dragon, ce jeu superbe et si évocateur malgré sa lourdeur éventuelle si on s’attache à utiliser toutes les règles. Je viens de recommencer suite à une demande de formation de groupe en ligne il y a quelques semaines et, malgré le trac, c’est très enrichissant et j’ai réellement l’impression de participer à une activité créative et créatrice, ce qui est fondamental pour moi. Je compte bien maîtriser d’autres jeux maintenant que j’ai le sentiment d’avoir retrouvé confiance en moi après des années d’angoisse liée au trac et à quelques mauvaises expériences de jeu.

 

EPEJ : La création semble importante à tes yeux. Qu’est-ce qui fait que tu t’éclates avec RdD qui propose des règles très cadrées et des scénarios très scriptés (avec une solution possible et pas toujours logique si on n’est pas Denis Gerfaud) ? N’es-tu pas attirée par des jeux à narration partagée où tu pourrais plus facilement exercer ton imagination en influant sur le contexte autant que l’intrigue ?

A : C’est principalement l’univers qui me plaît dans RDD plutôt que les règles. Je suis tout à fait attirée par les jeux à narration partagée comme l’excellent Night Witches ou des jeux comme Oltréé ! mais je n’ai pas encore eu l’occasion d’y jouer, tout au plus de les lire.

 

EPEJ : Joues-tu avec un groupe régulier ?

A : En dehors de ma partie de Rêve de Dragon et d’une série de parties estivales qui m’ont réconciliées avec le jeu “en personne” (merci aux membres du “Dé à π faces”) je n’ai pas de groupe régulier actuellement. J’aimerai en former un et j’aurai peut être l’occasion prochainement.

 

EPEJ : Y’a-t-il un réseau rôlistique au Luxembourg ou bien faut-il sortir du Grand Duché pour jouer ?

A : Grâce à Casus NO j’ai connu quelques rôlistes à Luxembourg. Il y avait bien quelques groupes qui jouaient à Warhammer il y a quelques années mais ils ne recrutaient pas, autant que je sache, et la communauté qui utilisait notre boutique de jeu de rôle locale connaissait tout au plus la petite annonce sur le coin du tableau. J’espère que les choses changeront et que notre petite communauté rolistique pourra éclore et se développer. Les différences de maîtrise des différentes langues du pays et les préférences linguistiques, qui pour le français, qui pour l’allemand, l’anglais ou le luxembourgeois influencent aussi les disponibilités des joueurs et joueuses. Il existe cependant probablement des joueurs et joueuses qui utilisent Internet pour former des tables internationales et plus encore qui découvrent et pratiquent le JDR en dehors des frontières du Grand Duché lors de leurs études universitaires en France, Allemagne, Belgique ou au Royaume-Uni notamment. Jusqu’a récemment, l’expatriation était quasiment un passage obligé pour poursuivre des études après le lycée à Luxembourg.

 

EPEJ : Parles-tu de JdR sur ton lieu de travail ou avec tes collègues ?

A : Comme je travaille dans le milieu de l’éducation, j’ai eu plusieurs fois l’occasion de parler des bienfaits du jeu et du jeu de rôle dans l’éducation et le développemment des enfants et adolescent.es ainsi que des adultes. Je crois profondément au JDR en tant qu’ouverture culturelle et amplificateur d’empathie pour les autres, de même qu’en ses capacités transformatives dont j’ai une expérience personnelle. Cependant, jusqu’à maintenant, mes collégues étudiant.es ou professionelles n’ont pas été tentées de faire un essai.

 

EPEJ : Comment le JDR t’a conduit à t’intéresser à la pédagogie ?

A : Je pense avoir toujours eu une certaine disposition à aider les autres en classe, à m’intéresser aux cours et j’étais bonne élève dans les matières où il n’y avait pas de mathématiques. Cependant, découvrir le jeu de rôle et vouloir expliquer les règles de jeux comme AD&D2 ou Shadowrun a donné une nouvelle dimension à cette disposition tout en me réconciliant d’une certaine façon avec les mathématiques dans une certaine mesure (probabilités, pourcentages, calculs de la CA et du THAC0). En ce qui concerne l’interprétation des personnages, j’ai plaisir à incarner des personnages qui enseignent aux autres et surtout ceux et celles qui développent une relation de tutorat (possibilité de former des apprenti.es pour les magicien.nes dans AD&D2 , rôle particulier du sorcier et de la sorcière  dans Al-Qadim qui doivent en théorie partager leur savoir avec des apprenti.es…). J’aime également constituer le grimoire des personnages au gré des rencontres et des événements de jeu. Les moments de jeu où j’ai pu mettre en place et interpréter cette relation de tutorat font partie de mes meilleurs souvenirs de jeu, et je suis sûre que l’expérience (c’est le cas de le dire ;)) acquise m’a incitée à vouloir faire de même en dehors de ces mondes fantastiques et ainsi à choisir cette orientation professionnelle.

 

EPEJ : Conseillerais-tu la pratique du JdR à un adolescent qui se pose des questions sur son identité de genre ?

A : Oui absolument. À mon sens, c’est la meilleure façon d’expérimenter avec son identité mouvante et multiple, d’autant plus qu’on est une personne transgenre. Dans de bonnes conditions et avec un groupe ouvert et empathique, ça me semble un lieu d’expression et d’imagination idéal ou la violence verbale, physique et psychologique est, sinon absente, bien moins présente. Je pense toutefois que, suivant l’expérience de vie de chacun.e, d’autres formes d’expérimentations avec l’identité de genre comme le port de vêtements associés à l’un ou l’autre genre ou la participation “transgressive”(et souvent libératrice) à des activités connotées par genre (bien qu’idéalement aucune ne devrait l’être) font nécessairement partie de ce questionnement singulier.

 

EPEJ : Es-tu créatrice de JdR en plus d’être consommatrice ?

A : Non mais j’aimerais l’être, si toutefois mes idées sont suffisamment bonnes, et j’essaierai sûrement d’écrire un scénario pour l’excellent “Te Deum pour un massacre” prochainement.

 

EPEJ : Est-ce que tu te retrouves dans la production actuelle, du point de vue du genre, aussi bien dans les illustrations que dans les textes ?

A : Je suis sensible à l’inclusion de personnages féminins qui se démarquent des stéréotypes, et à celle de personnages transgenres. Aux illustrations également, même si je ne me souviens pas avoir vu d’illustrations vraiment outrancières de ce côté là (demoiselle en détresse, chainmail bikini ou autres…). J’ai l’impression que, conformément à ce qui passe dans les sociétés “occidentales” dont sont issus l’essentiel des joueurs et joueuses, les auteurs et autrices de jeux se posent de plus en plus la question de l’inclusivité de leur production et de sa réception (ainsi la fameuse mention de l’identité de genre dans D&D5 est bienvenue et s’est longtemps fait attendre, mais elle est là !). Ce questionnement n’aurait probablement pas eu autant de retentissement sans certaines productions indépendantes ou les travaux d’Avery Alder et Jason Morningstar entre autres et leur volonté de questionner le statu quo comme la littérature ou la théologie féministe l’ont fait en leur temps et le font encore actuellement.

 

EPEJ : Quel est ton JdR préféré ?

A : C’est une question très difficile, notamment car les JDR que j’ai pratiqués longuement (AD&D2, Shadowrun 3, L5R 1e, Hunter: The Reckoning…) sont indissociables de tant de souvenirs de mon enfance et adolescence. Je citerai cependant l’excellent “Al-Qadim” éternellement lié pour moi à mon amitié en ligne avec un jeune pakistanais pendant la Seconde guerre d’Irak, “Te Deum” le superbe fruit du travail de Jean-Philippe Jaworski, Hunter: The Reckoning pour son mélange de vie quotidienne et d’exaltation religieuse ou mystique et Mummy: The Resurrection ainsi que Changeling: The Dreaming pour leur vision plus optimiste du World of Darkness et leur côté magique ou féérique. Je rajouterai également “Northern Crown” et sa réinterprétation fantastique de l’histoire américaine, à la fois réelle et mythique. “Werewolf : The Forsaken” est également un des jeux qui m’a le plus marqué à la lecture et un des rares dont je possède l’intégrale de la gamme ; Ses thématiques autour des esprits , de la parenté et de l’écologie me touchent profondément.

 

EPEJ : Al-Qadim et ton amitié en ligne avec un jeune pakistanais pendant la Seconde guerre d’Irak ? Kamoulox ?

A : J’ai rencontré un jeune Pakistanais un peu plus âgé que moi sur un forum consacré à AD&D2 et nous avons sympathisé notamment autour d’une partie d’Al-Qadim à deux comme j’étais l’une des rares personnes à vouloir jouer dans un univers orientalisant. C’était peu avant le début de la Seconde Guerre d’Irak, et sa proximité avec le conflit (coupures de courant, accessibilité…) m’a fait prendre conscience du conflit d’une manière inattendue et unique,plus marquante encore que l’actualité que je suivais régulièrement.. Juste pour rire, j’ai le souvenir par exemple de certains forumistes nous envoyant des messages insultants du type “Terroristes ! Vous jouez à “Al-Qaeda” ! J’appelle le FBI !” à l’époque troublée des “Freedom Fries” et de l’”Axe du mal”.

D’ailleurs à ce sujet, je suis convaincue que c’est l’étude approfondie des questions religieuses, panthéons et autres dans les jeux de rôles qui a déterminé mon orientation universitaire en sciences religieuses, même si d’autres facteurs (éducation familiale, expériences religieuses…) ont joué un rôle également.

 

EPEJ : Qu’est-ce qui te fera arrêter de jouer au JdR, le moment venu ?

A : Je crois sincèrement que je n’arrêterai pas de jouer au JDR, à moins d’en être complètement empêchée par la maladie. J’espère en tout cas y jouer le plus longtemps possible.

 

EPEJ : En plus du JdR, pratiques-tu des activités connexes comme le GN ?

A : Je n’ai jamais pratiqué le GN mais j’ai pratiqué ou pratique encore les différentes activités connexes du hobby (peinture de figurine, jeux de cartes à collectionner, jeux de plateau… ). Je crois que la “culture rôliste” faite de différentes influences est une réalité et j’aime m’y intéresser, même si je ne peux connaitre tout ce qui la constitue. Les quelques expériences théâtrales que j’ai faites pendant mes études secondaires puis à l’université m’ont également permis de mieux vivre cette timidité ,l’expression corporelle et tout ce que le théâtre implique. Je pense que c’était en partie dû à mon expérience du JDR également qui facilitait le fait de se projeter et d’incarner un personnage. J’ai eu l’occasion de jouer certains rôles shakespeariens (dans des productions amateurs et scolaires bien sûr !) qui m’ont marqués comme Prospero et Malvolio ,mais je regrette de ne pas avoir eu l’occasion d’interpréter des pièces shakespeariennes mettant en avant l’aspect queer- et trans-friendly des pièces du Barde de Stratford comme “Comme il vous plaira” ou “Le Marchand de Venise” à travers des personnages comme Viola (“Je suis toutes les filles de la maison de mon père”) ,Portia,Antonio ou Bassanio. . Peut être en aurais-je l’occasion ?

 

EPEJ : As-tu été confrontée à des comportements sexistes dans le monde du jeu ?

A :  Je n’ai pas beaucoup d’anecdotes mais je me souviens de ma 1e convention alors que j’avais 17 ans. Je m’inscris à une partie de L5A et choisis un prétiré féminin (qui était aussi dans le cliché « Je suis une fille donc je soigne » mais les autres m’interessaient encore moins) pour un scénario classique type ‘enquête au château ». Le MJ refuse car jouer un personnage féminin quand on est « pas une fille » c’est être « un pervers ». Je suis choquée mais bon personne ne réagit alors je change de personnage pour le même au masculin. Mal m’en a pris car entre les insinuations du MJ et le scénario mal construit et presque sans discussions avec les PNJs qui sont c’est bien connu « pour les pédés » (dans un scénario d’enquête !), je n’ai pas pris plaisir à jouer du tout et j’ai fini par quitter la table après trop longtemps…Et en plus le MJ m’a reproché de n’avoir pas aimé son scénario !

J’ai aussi connu des MJ qui ne pouvaient voir les personnages féminins qu’à travers leurs fantasmes sexuels : une fois à BESM le MJ nous dit à la création « Dans mon univers, tous les personnages féminins sont des catgirls donc sexy et soumises à un maître. Elles portent toutes un uniforme de soubrette avec un collier à grelot…. » J’ai choisi un personnage masculin, mais à la fin de la création, je suis partie. C’est une des raisons pour laquelle je n’aime pas BESM en plus du système, même si jouer une catgirl dans d’autres circonstances ne serait pas un problème

Une autre fois à Star Wars, je veux jouer une Twi’lek chevaleresse Jedi dans une campagne autour de l’Académie Jedi. Je crée le personnage mais le MJ me dit « Ah mais c’est une Twi’lek donc « forcément » une « ancienne prostituée séductrice et sexy » . Là encore pas de réactions mais j’étais plus âgée donc je lui dis le fond de ma pensée et je lui montre le livre de règles (la description disait quelque chose comme « Les Twi’leks sont très sociables et adaptables, beaucoup ont une âme d’artiste ») avant de quitter le groupe sous les plaisanteries des autres membres qui en rajoutaient avec des “N’oublie pas de mettre des points dans “Profession : Prostituée”…!

La seule fois où j’ai vraiment senti un danger d’agression sexuelle c’est quand je me suis inscrite au club de JDR de la fac pour une initiation à Ars Magica. Là le président (une bonne cinquantaine d’années dans un club d’étudiant.es sans être étudiant ou professeur) et futur Conteur discute avec moi et une autre fille et 5 minutes après nous propose une création de persos seules chez lui le soir avec force regards lubriques…On s’est regardées et on s’est inscrites pour du Delta Green !

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Portrait : Noémie

« C’est ensuite quand je me suis intéressée sur le plan universitaire au jeu de rôle que j’ai été « obligée » de jouer. Obligée entre gros guillemets parce que j’y ai pris beaucoup de plaisir. Et depuis je n’ai plus arrêté ».

Noémie a fait un Master de sociologie sur le JDR dématérialisé et un Master de sciences du jeu sur les vidéos youtube. Elle s’intéresse aux pratiques ludiques filmée et diffusées via youtube, et intervient sur des tables rondes rôlistes pour en parler.

L’entretien a eu lieu aux Utopiales en novembre 2017 et suite à des soucis d’enregistrement nous avons dû ré-enregistrer nos questions à part. Nous nous excusons pour la gêne que ça produirait à l’écoute.

Télécharger l’entretien

Portrait : Virginie

Virginie Tacq se définit comme une médiatrice ludique et game designeuse. Elle est fondatrice de Ludilab (un collectif qui accompagne des auteurs et des créateurs dans la création de leurs jeux) et de Paye ton jeu, un site qui traite du sexisme ordinaire dans le milieu du jeu. Autant dire que nous avons des atomes crochus…

EPEJ : À quel moment de ta vie as-tu su que tu voulais travailler dans le domaine du jeu ?

VT : Après mon année de spécialisation en sciences et techniques du jeu à la Haute École de Bruxelles. Au départ, ce devait surtout être une opportunité de développer un fonds jeux de rôle dans le bibliobus dans lequel je travaillais à l’époque.

EPEJ : As-tu fini par monter le fonds JdR dans ton bibliobus ?

VT : Non, des changements d’employeur m’ont finalement orientée vers autre chose.

EPEJ : Tu te définis comme game designeuse. Qu’est-ce que ça englobe, concrètement ?

VT : Je travaille sur la création de mes propres jeux. J’accompagne également des associations dans le développement de leurs jeux (de sensibilisation, par exemple) et je donne des ateliers, des stages dans lesquels le public peut apprendre à créer des jeux (adultes, enfants). Il y a aussi pour moi un aspect important de réflexion sur la place du jeu en tant qu’objet culturel.

EPEJ : Beaucoup de créateurs de JdR sont des autodidactes. Penses-tu que le milieu aurait à y gagner en suivant des formations sur le game design ?

VT : Tout dépend de leur contenu et de leur organisation. On pourrait assister à un formatage. D’un autre côté, les formations peuvent aussi être des lieux de réseautage et déboucher sur des projets en commun, sur l’élargissement de son horizon…

EPEJ : Arrives-tu encore à jouer à un jeu sans essayer de le décortiquer d’un point de vue design ?

VT : Quand je joue à un jeu, je pense surtout à m’amuser et à bien comprendre les règles ! 🙂 Quelquefois, une mécanique me semble vraiment intéressante, originale : dans ce cas, je vais déployer mes antennes de game designeuse. Je reste tout de même attentive à cette dimension mais sans qu’elle prenne forcément le dessus systématiquement.

EPEJ : Le Tumblr Paye ton jeu publie des témoignages de sexisme dans le monde du jeu. Comment est-il né ?

VT : Avec une amie, on en avait marre du sexisme ordinaire qui régnait sur un gros groupe Facebook parlant de jeux de société. Chaque fois qu’on faisait remarquer ce sexisme, on se faisait enflammer et souvent les postes entiers finissaient effacés pour enterrer le conflit. Donc on a voulu créer un espace de visibilisation et de rassemblement, pour se sentir moins isolées face à ce problème.

EPEJ : Est-ce mission réussie, de ce point de vue ? Avez-vous rassemblé des alliés autour du projet ?

VT : Nous avons aujourd’hui dépassé les 2 000 personnes qui suivent notre page. Nous avons en tout cas atteint notre objectif à nous, celui de donner un canal d’information et la possibilité de témoigner et de partager à ce propos.

EPEJ : Puisque tu vis à Bruxelles mais que tu as fait tes études à Paris, vois-tu une différence entre les joueu·r·se·s des deux pays ?

VT : Je commence à peine à Paris en fait 😉

EPEJ : Pratiques-tu ou as-tu pratiqué le jeu de rôle sur table ?

VT : Quelques parties dans le passé. Surtout de l’Appel de Cthulhu. Un peu d’Eclipse Phase aussi. Et j’ai maîtrisé Toons une fois.

EPEJ : Pourquoi as-tu cessé d’y jouer ?

VT : Par manque de temps essentiellement.

EPEJ : As-tu le sentiment que ton engagement féministe te nuit parfois, dans ton milieu de travail ?

VT : Oui, quelquefois. J’échange souvent de vifs propos sur des sujets féministes avec des acteurs (hommes) plus ou moins importants du milieu. Certains m’ont retirée de leurs contacts FB notamment. Donc ça ne nuit peut être pas (encore) directement à mon travail, mais ça ferme peut être quelques portes pour l’avenir. A contrario, je rencontre des femmes qui ont envie de construire des projets professionnels avec moi donc ça peut aider aussi.

EPEJ : Comment ton expérience de ludothécaire a-t-elle influencé ton approche du design ?

VT : Ça m’a apporté une attention à toujours mettre le public en premier, à voir la création de jeux comme la création d’une expérience avant tout. Il m’arrive de créer des jeux comme expression artistique, pour lesquels je me concentre sur d’autres aspects mais en choisissant consciemment la place qu’auront ou n’auront pas les joueur·euses dans le dispositif.

EPEJ : Penses-tu qu’on vive dans l’âge d’or du jeu de plateau ?

VT : Je suis un peu dubitative par rapport à ce terme. Si on évoque par là uniquement l’abondance, peut-être. Quoique ça reste encore un loisir de niche même si celle-ci s’élargit, donc on pourrait imaginer une diffusion encore plus large sans trop de difficulté je pense. Mais je ne suis pas économiste 😉  

EPEJ : Quelle sera la prochaine grosse évolution du monde du jeu, selon toi ?

VT : Je ne devine pas l’avenir malheureusement. Par contre, celle que je souhaiterais serait l’émergence d’une vraie frange indie dans le jeu de société.

Portait : Carine

Carine est podcasteuse chez les Aventureux, podcast de JdR québécois. Elle est également rôliste depuis plus de 25 ans et psychiatre de formation.

« Je conserve précieusement les souvenirs des jeux qui m’ont fait vivre plein de choses dans le passé. Je ne pourrais donc pas vraiment choisir entre mes nouveaux amours ou mes anciens… Je dis souvent à la blague que je fais de la polygamie (gamie ici se prononce « game » comme le mot « jeu » en anglais). »

 

EPEJ : Comment as-tu découvert le JdR ?

Carine : J’ai commencé le jeu de rôle lorsque j’avais environ 8 ans. Ce sont 2 de mes cousins qui m’ont initiée lors d’un party de Noël chez ma grand-mère. Ils m’ont fait jouer à Donjons et Dragons 2e édition et nous avons commencé à jouer à chaque fois qu’il y avait de grosses réceptions chez ma grand-mère (Noël, Jour de l’An, Pâques, fête de ma grand-mère…). Par la suite, lorsque j’ai commencé le secondaire, je me suis fait des amis qui partageaient le même hobby et j’ai commencé à avoir des parties plus régulières et essayer quelques différents systèmes.

EPEJ : En tant que psychiatre de formation, quel regard portes-tu sur la représentation des maladies mentales dans des jeux comme l’Appel de Cthulhu ?

Carine : J’essaie en fait de ne pas trop les regarder. (Rire) Ce que je veux dire par cela est que souvent les maladies mentales sont présentées de manière plutôt stéréotypée et simplifiée. Ce qui me génère plus de frustration, ce sont comment ces maladies sont dépeintes par les joueurs, souvent de manière caricaturale par manque de connaissances ou par simplification puisqu’il s’agit souvent d’un élément secondaire au jeu. Je pense aussi que de jouer une maladie mentale « parfaitement » est très difficile. Je pense que nous avons tous nos zones de grincements de dents. Plusieurs de mes amis sont informaticiens et ont une réaction similaire à comment le « hacking » se fait dans certains jeux. J’essaie de rester zen face à cela. J’essaie de les voir plutôt un peu comme des maladies magiques qui n’ont rien à voir avec les maladies mentales que je connais.

EPEJ : Tu fais partie du podcast de JdR les Aventureux. Comment est née cette aventure ?

Carine : Les Aventureux sont nés d’une initiative d’Etienne Harvey. Il a fait un appel à la communauté car il voulait débuter un podcast sur le jeu de rôle. Marc et Philippe y ont répondu et ainsi sont nés les Aventureux. Je les ai rejoints plusieurs mois plus tard. J’ai rencontré Philippe alors qu’il faisait des soirées d’initiation aux jeux de rôles au pub Randolph (maintenant elles se font à la Récréation). Je l’ai contacté et j’ai essayé quelques jeux dont Fiasco. Il m’a invitée à faire une partie avec eux de Fiasco (Podcast 28 intitulé : Patate, Old Milwaukee et Tentacules). J’ai beaucoup aimé mon expérience et après avoir écouté leur podcast, je leur ai demandé de me joindre à eux (Philippe me taquine souvent en disant que je les ai suppliés). Ils ont accepté et c’est comme cela que j’ai commencé cette aventure avec eux.

EPEJ : Pourquoi as-tu demandé à rejoindre les Aventureux ?

Carine : Dans ma vie personnelle, avec mes amis, j’abordais déjà beaucoup des sujets similaires. J’ai trouvé l’opportunité de pouvoir le faire en podcast très intéressante. J’adore parler des jeux de rôle sous tous les angles et je venais de trouver un groupe avec qui je pouvais le faire ! De plus, j’ai beaucoup apprécié faire la partie avec eux. J’aimais également leur objectif qui est de promouvoir ce hobby qui est souvent encore mal connu. Tous ces éléments ensemble m’ont motivé à faire le saut.

EPEJ : Qu’est-ce qui te plaît dans le fait de podcaster ?

Carine : Ce qui me plaît le plus est le fait de discuter d’un sujet que j’aime avec plein de gens qui ont des approches et des idées différentes! Les Aventureux, d’une part, mais également toute la communauté qui commence à se créer autour de nous (Discord, personnes rencontrées dans les conventions, Facebook,…). Je suis très heureuse lorsque des joueurs essayent un jeu après nous avoir écouté. Nous essayons beaucoup de faire la promotion de jeux dits alternatifs et de créateurs indépendants. Alors de faire découvrir différents aspects du jeu de rôle me stimule beaucoup.

EPEJ : Joues-tu avec un groupe régulier ?

Carine : Oui. J’ai en fait 2 groupes réguliers. Un avec lequel j’avais une partie de Donjons et Dragons 4e édition qui c’est transformée en 5e édition en cours de route. Ce groupe se rencontre un peu plus sporadiquement car plusieurs ont des enfants et plusieurs obligations de vie. Nous devrions cependant commencer une partie de Cthulhu en 2018, si la logistique nous le permet. J’ai aussi un autre groupe avec lequel je faisais une partie de Numénéra depuis maintenant 1 an. Je les ai récemment convaincus qu’à la place nous allions faire des essais de plusieurs jeux de rôles différents. Je suis super enthousiaste à l’idée d’essayer plein de jeux indépendants et de nouveaux jeux dans la prochaine année. C’est un groupe avec lequel je me sens à l’aise de tester différents thèmes et systèmes et ce sont souvent eux qui me servent de « cobayes » pour que je pratique les parties que je maîtrise en convention.

EPEJ : Es-tu joueuse uniquement ou bien maîtrises-tu des parties ?

Carine : Je suis les 2. J’ai commencé en tant que joueuse. J’ai pendant plusieurs années cru que maîtriser n’était pas pour moi, suite à une mauvaise expérience durant mon adolescence, où j’ai échoué lamentablement lors de la maîtrise d’une partie de Donjons et Dragons 2e édition. J’ai recommencé à essayer de maîtriser il y a de cela maintenant environ 2 ans. Je dois avouer que je trouve cela plus simple et plus intéressant pour moi de maîtriser des jeux indépendants qui sont souvent faits pour de courtes parties. J’ai plus de difficultés à faire des campagnes long terme. Depuis maintenant un peu plus d’un an, je maîtrise également en convention.

EPEJ : Es-tu créatrice de JdR en plus d’être consommatrice ?

Carine : Non, je n’ai jamais créé de JdR.

EPEJ : Est-ce que c’est parce que ça ne t’intéresse pas ?

Carine : Je trouve le processus de création très complexe. Cela nécessite un grand investissement en temps et en énergie. Pour le moment, dans ma vie actuelle, je préfère prioriser d’autres éléments que celui-ci.

EPEJ : Quel est ton JdR préféré ?

Carine : Alors, cette question est pour moi impossible à répondre. Cela dépend d’avec qui je joue, de mon humeur du moment, de où je suis rendue dans ma vie, du temps que j’ai… Bref, de mille et un facteurs qui font que la réponse change constamment. En plus, je découvre souvent de nouveaux jeux, alors les nouveautés sont souvent plus stimulantes car elles apportent de nouvelles expériences. Cependant, je conserve précieusement les souvenirs des jeux qui m’ont fait vivre plein de choses dans le passé. Je ne pourrais donc pas vraiment choisir entre mes nouveaux amours ou mes anciens. Pour moi, tous les jeux ont le potentiel d’apporter quelque chose. Je dis souvent à la blague que je fais de la polygamie (gamie ici se prononce « game » comme le mot « jeu » en anglais). Je peux cependant dire que parmi mes préférés du moment se retrouvent Fall of Magic, Bluebeard’s Bride, Don’t rest your Head et Dread. Je ne serais pas surprise que ma réponse soit totalement différente dans quelques mois.

EPEJ : Pour beaucoup de monde, l’image qu’ils ont du JdR québécois est celle de « Tom et ses chums » (Farador). As-tu déjà été confrontée à ce stéréotype ?

Carine : Quoique je n’ai jamais complètement adhéré à ce stéréotype, en partie car je suis une femme, lorsque j’étais adolescente, j’y correspondais beaucoup plus, ou plutôt je tentais de l’être. Pour moi, le jeu de rôle était une question d’identité à ce moment, et donc c’était quelque chose de très sérieux qui devait absolument se dérouler d’une manière très précise. Mes amis étaient tous des « gamers », de même que mes conjoints. Je devais être une « gameuse » et agir de cette façon pour je sois acceptée par les autres « gamers ». Avec le temps par contre, je me suis détachée de plus en plus de ce stéréotype et j’ai appris à amener le jeu de rôle à qui je suis plutôt que d’essayer de rentrer dans un moule. Le jeu de rôle est plus devenu une activité que j’apprécie mais ne me définit pas. C’est quelque chose que je fais et non qui je suis. Je pense, du moins pour moi, que cette approche me convient mieux et est beaucoup plus saine. Je me sens mieux dans ce type d’environnement.

EPEJ : Qu’est-ce que tu trouves dans le JdR que tu ne retrouves pas dans un autre loisir ?

Carine : Il y a plusieurs choses que je retrouve dans le jeu de rôle. Premièrement, c’est un loisir qui me permet une liberté créative que j’adore. Je raffole de ne pas savoir comment l’histoire va se terminer et la voir se développer au fur et à mesure que nous prenons des décisions et faisons nos actions. Par ailleurs, le jeu de rôle est très stimulant sur le plan intellectuel, tant de par la résolution de problèmes et d’énigmes que de par la stimulation de l’imagination, et ce, autant par ma participation que celle des autres. Je suis toujours emballée lorsque je vois des joueurs trouver des solutions ou amener l’histoire dans une direction que je n’avais même pas songée. Mais, ce qui me plait le plus dans les jeux de rôles, c’est l’aspect expérientiel. Je suis une personne sensible et parfois, lorsque les bonnes conditions sont présentes, je peux vivre beaucoup d’émotions dans une partie, et je passe beaucoup de temps à tout analyser ces informations. Et cela est pour moi une source d’apprentissage infinie! Cela m’aide ensuite à mieux comprendre les gens et à mieux me comprendre moi-même.

EPEJ : Qu’est-ce qui te fera arrêter de jouer au JdR, le moment venu ?

Carine : Je fais du jeu de rôle depuis maintenant 26 ans. Je ne pense pas que je vais jamais complètement arrêter. Il y a eu des périodes de ma vie où je n’ai plus joué pendant plusieurs mois par contre. Ma fréquence de jeux varie également beaucoup en fonction des phases de ma vie et de ce qui s’y passe. Ma pause la plus longue sans aucun jeu de rôle a été d’environ 1 an. J’avais arrêté à ce moment car je devais passer mes examens de fins de résidences pour graduer et devenir psychiatre. Si je dois couper le jeu de rôle pour avoir plus de temps pour un projet important ou pour mes proches je n’hésiterai pas à le faire. Cependant, dès que la situation se calmera, je recommencerai à jouer. De plus, avec la présence de plus en plus de jeux indépendants et se jouant en une seule soirée, je pense que le risque d’un arrêt complet ne se représentera pas.

EPEJ : En plus du JdR, pratiques-tu des activités connexes comme le GN ?

Carine : Je n’ai pas fait beaucoup de grandeur nature durant ma carrière de rôliste, cependant, à mon avis il y a des différences. Dans une partie sur table, il est important de conserver le flot et de tenter de rester en jeu autant que possible, mais cela est beaucoup moins dommageable pour l’ambiance si on décroche de notre jeu. Je trouve que le jeu sur table permet un temps plus grand de réflexion et d’analyse, alors que dans le « actual play » la spontanéité prend une place beaucoup importante. Aussi, souvent, le fait de jouer sur table permet de prendre une distance plus grande entre le personnage et nous. Dans le « actual play », la barrière entre nous jouons un personnage et nous sommes le personnage est, dans mon expérience, beaucoup plus mince.

EPEJ : Tu as la réputation de jouer des personnages bourrins (et tu le fais super bien). Est-ce que c’est quelque chose que tu revendiques ? Est-ce que ça dit quelque chose de ta façon d’aborder le JDR, à ton avis ?

Carine : Après un sondage auprès des gens avec qui je joue régulièrement, le verdict est que je fais souvent ce type de personnage lorsque les parties sont publiques ou enregistrées, mais que cela n’est pas la même chose dans mes parties dans mes groupes réguliers. Je pense que cela parle surtout de moi, et du fait que je me sens moins vulnérable lorsque j’interprète ce type de personnage, puisqu’il est très différent de ma personnalité. Dans mes parties « privées », je fais souvent aussi des personnages qui, sans utiliser la force physique, vont être très directifs dans leur conduite. Cet aspect parle, je crois, un peu plus de ma façon d’aborder le jeu de rôle. Ce hobby est pour moi une façon d’expérimenter diverses émotions. Nous pouvons l’utiliser pour vivre certaines fantaisies que nous avons ou pour explorer des dynamiques différentes. En jouant ce type de personnage, je profite donc de ces caractéristiques du jeu de rôle pour vivre ma fantaisie de me sentir forte et puissante, sentiment opposé à mon vécu dans mon quotidien.

Portrait : Selene

Selene est joueuse, meneuse, autrice de scénario, podcastrice à Ludologies (le podcast du jeu sous toutes ses formes), organisatrice de la Queervention qui a eu lieu à Rennes…

« C’est à l’école d’ingénieur où on était en internat, où c’était un milieu plutôt intellectuel etc, que j’ai pu faire du jeu de rôle. Et de façon intensive. »

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Merci aux Voix d’Altaride pour le soutien technique !

Portrait : Fanny

Fanny est podcatrice à Ludologies, le podcast du jeu sous toutes ses formes. Joueuse de jeux vidéos, elle a longtemps cru que le jeu de rôle papier c’était pas pour elle : « J’avais, parmi les gens que je côtoyais, des gens un peu snobs qui voulaient pas de noob, qui voulaient pas de gens qui savaient pas jouer parce que ça allait gâcher le jeu ». Jusqu’au jour où, il y a quelques années, son copain lui dit : « Mais le jeu de rôle c’est pas ça ! Tout le monde peut venir jouer ! ».

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Merci à Ludologies pour le soutien technique !

 

Portrait : Jenny alias Scarlet Witch

Jenny est une rôliste tarbaise de 23 ans. Avec ses cheveux de feu et son tempérament volcanique, elle nous parle de sa découverte du jeu de rôle, de son expérience associative ! Quelques anecdotes bien senties sur son expérience en tant que femme dans un milieu très masculin, le tout saupoudré de beaucoup d’humour.

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