Guylène

J’ai 17 ans, nous sommes dans les années 2000, et je participe à une chouette murder party thématique « pirate », dans le parc municipal de ma petite ville de banlieue ! Je joue une jeune fille qui se travestit en garçon pour être acceptée à bord d’un bateau. Il est évident que moi (la joueuse) suis une femme, mais les joueurs jouent le jeu quand je leur annonce que je m’appelle « Bob ».

Durant toute la partie, un vieux loup de mer et moi-même complotons pour arriver à nos fins et nous enfuir d’une île avec une partie du butin. Le joueur a une trentaine d’année, je ne le connais pas mais il fait partie d’une association en laquelle j’ai toute confiance.

À un moment, nos deux personnages se retrouvent seuls, isolées, dehors dans le noir, pour parfaire notre complot et boire un coup à notre victoire imminente (à coup de jus de pomme). Il sort alors une flasque et me propose de boire quelque chose d’un peu plus fort, met son bras autour de mes épaules, et me dit tout bas « alors, c’est bon, tu peux me l’avouer que t’es une fille en fait ». Il s’ancre donc CLAIREMENT dans une situation RP (le « secret » de la féminité de mon personnage), tout en ayant un geste qui me gêne, me met mal à l’aise, m’écoeure. Je n’ose pas le repousser (« nan mais Guylène, tu vas péter l’ambiance ») et il se fait insistant, avec quelques sous-entendus graveleux à base de « montre-moi ce qu’il y a sous cette chemise » etc etc. .. (« Nan mais Guylène, il a plus d’expérience que toi en JDR, il doit juste faire du RP, et puis son personnage est un lourdaud de toute façon »). Ses mains deviennent un peu baladeuses, et je finis par m’écarter, en le rembarrant en RP.

Le jeu prend fin, le debrief a lieu, et chacun va pour prendre ses affaires et rentrer chez soi. Il vient me voir, accompagnée de sa copine (!!) et me demande mon numéro de téléphone « parce que c’était chouette tout ce plan qu’on a monté ensemble, on avait une bonne alchimie, il faudra qu’on joue ensemble encore ! ». Ce qui était vrai, si ce n’est pour l’épisode cité ci-dessus, on s’était amusé et on avait bien roulé les autres dans la farine. Je suis avec mes amis, qui ne savent pas encore ce qui s’est passé, il est avec sa copine, qui me regarde avec un grand sourire bienveillant (après tout je ne suis qu’une gamine de 17 ans), je ne veux pas créer de polémique ou de scandale… Je lui donne mon numéro.

S’en sont suivies de longues journées de drague lourdingue à bases de SMS, où j’ai fini par l’envoyer chier proprement et simplement.

Je me souviens encore avec un frisson écœuré de son souffle alcoolisé qui se rapproche de moi alors qu’il plonge le regard dans mon « décolleté » de chemise de pirate en faisant une remarque graveleuse, son bras autour de mes épaules. J’avais 17 ans, il en avait 30, je ne concevais même pas que je puisse être un objet de séduction pour lui tellement il était plus âgé, déjà en couple etc…
J’étais juste là pour jouer une pirate….

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Anonyme

Je dis toujours que ça se passe plutôt pas mal dans ce milieu. Mais c’est vrai que le sexisme ordinaire y en a quand même.

Donc, oui, j’en ai marre que quand je remplis ma table en convention ou quand des joueurs reviennent pour jouer avec moi parce que ma maîtrise leur plaît, on me demande à chaque fois, une voire deux fois par convention, s’ils viennent pour mes qualités de MJ ou juste pour me draguer. Ben oui, ça ne peut pas être parce que je suis bonne MJ… Forcément.

Je me souviens aussi de la fois où des membres de mon club m’ont demandé de passer dans les salles pendant la convention avec les boissons et snacks parce que « comme tu es une fille, les mecs auront plus envie d’acheter ». Mais bien sûr! Pff. Croyez-moi, ils m’ont entendue ce jour là ! Ouaip, je l’ai fait quand même.

Sans compter les « t’es pas une fille de toute façon », même si c’est perçu par celui qui le dit comme un compliment (!!!) pour dire que j’avais des attitudes qui ne rentraient pas dans les bons vieux stéréotypes de la femme délicate et gentille.

Amélie

Le contexte : GN années 20. Les personnages : une jeune femme virginale élevée dans un couvent (moi) et un type qui drague tout ce qui bouge.

Après m’avoir pendant au moins 2mn fait son baratin sans que je ne me jette dans ses bras, le gars fait un geste pour signifier qu’il veut me parler hors jeu : « Au fait, pour éviter que je ne me fatigue, c’est toi ou ton personnage qui est lesbienne ? »

Psychée

Histoire de parler de fond et d’expliquer un peu l’importance du contexte, je vais commencer par soulever un point : la raison majeure au fait que les joueurs de jeu de rôle déclarent en général ne pas voir de situations sexistes ou discriminatoires de genre dans et autour de leurs parties de jeu de rôle tient sans doute avant tout au fait qu’ils ne sont pas des joueuses, pas plus en victimes qu’en témoins.

On pourrait croire que l’idée est un peu biaisée dans un monde moderne et contemporain ouvert, dans le cadre du JDR aux femmes… ce qu’il est hein, ne dressons pas un tableau trop grave de la réalité. Mais…

Pour expliquer le cadre contextuel par un exemple, j’ai 45 berges, je suis rôliste depuis que j’ai 11 ans, je suis transsexuelle et on m’identifie socialement comme nana depuis 16 ans. Avant l’an 2000, j’ai en 18 ans été témoin (et victime) directe de deux situation choquantes de sexisme (oui, on devine bien que j’adorais jouer des perso féminins, y avait une raison).

Malgré ma situation de genre compliquée, j’étais déjà féministe et très largement adepte de la cause LGBT. Je jouais surtout des personnages féminins, et souvent lesbiennes… ce qui m’a valu un harcèlement violent des personnages mais surtout des joueurs derrière, extrêmement mécontents que dans la campagne de JDR (Cyberpunk), je joue donc un personnage féminin non baisable et non draguable. Dans une autre campagne (Bloodlust), je recréerai le même concept général avec un personnage de guerrière farouche. Cela s’est terminé en viol collectif et torture. J’ai abandonné la table et les joueurs, avec fracas, après cette seconde expérience, retournant à mon autre groupe d’amis qui, bien qu’ayant quelques soucis avec les affaires de genre en JDR, étaient remarquablement respectueux du sujet. Le fait que y ait et une trans, et une fille dans le groupe complet devait aider à souligner les cas de sortie des garde-fou… ou alors ils étaient juste pas cons, simplement.

Après l’an 2000, j’ai été victime et témoin prise à partie directement d’une dizaine de ces situations dans le monde du JDR. Je pense que ce qui m’a le plus choquée furent deux expériences, une où je suis venue présenter un JDR amateur dans une convention, habillée comme j’aime à l’être, c’est à dire tailleur chic et jupe et où j’ai dû jeter deux joueurs, le premier qui a passé son temps à ma table de démo à faire des remarques déplacées et des allusions sexuelles sur ma tenue, suscitant l’hilarité de son pote, le tout sous le regard gêné des trois autres joueurs, dont une nana qui en avait eu les larmes aux yeux. Mon caractère de cochon et mon aplomb face aux connards aida à ce que cela ne finisse pas en pugilat. Car oui, le plus con des deux eut envie de me prouver sa force quand je lui dis d’aller voir ailleurs si j’y suis… Mauvaise idée face à une pratiquante d’arts martiaux qui n’a aucun souci à l’usage de la violence en cas de nécessité.

L’autre cas (je ne m’étalerai pas sur d’autres tout aussi choquants) carrément pas drôle et qui demande d’expliquer un peu le contexte fut une partie de JDR où un des joueurs fut choqué et outré que le groupe entier, avec bénédiction du MJ, me désigne comme leader de l’opération en cours dans la partie. Le joueur était rouge de colère, humilié d’être dirigé par, je cite « une putain de nana jouée par un (sic) putain de trans ». Il ne quitta pas la table de JDR mais s’évertua à foutre en l’air tout le scénario… jusqu’à ce que le MJ finisse par tuer son personnage, après des efforts diplomatiques énormes de sa part – et de la mienne : j’avais envie de lui faire bouffer ses dés et les moyens de mes envies.

Mais le plus notable a toujours été que dans ces cas, et dans d’autres, j’ai d’une part été témoin de ce qui arrive si on est un mec, ou une nana. J’ai été les deux, j’ai vu le changement radical parfois de regard et de relation. Mais j’ai aussi réalisé que le sexisme en JDR et autour du JDR, on ne le voit vraiment quand quand on en est la cible. Et forcément, un mec ne l’est pas souvent, il ne le verra donc que quand la situation dépasse un seuil de ce qu’il imagine acceptable, supportable, ou par diplomatie tolérable. Ce qui, parfois, ne l’est déjà plus.

Gala

Petit témoignage positif : j’ai un ami (homme cis) qui masterise beaucoup et qui m’a confié qu’il voulait toujours au moins une femme à sa table parce qu’il trouvait que ça élevait vraiment le niveau et que c’était salutaire à l’équilibre du groupe. Quand, bien après cette discussion, j’ai commencé à masteriser moi-même, je n’ai que pu me rendre compte d’à quel point il était dans le vrai. Bref, vive les filles dans le JDR !

 

Enora

Il y a quelques années, le site de témoignages « Machisme Hautes Fréquences » ouvrait ses portes virtuelles. Un peu comme ce blog, il visait à recueillir des témoignages de sexisme en milieu geek. Un jour où je m’étais prise la remarque de trop, je me suis attelée à leur écrire un billet pour parler du syndrome de la fake geek girl dans le milieu rôliste. J’y expliquais qu’en tant que joueuse, meneuse et créatrices de mes scénarios, je devais souvent montrer patte blanche face à des inconnus qui me faisaient passer des sortes de « tests » quand je les rencontrais, pour voir si j’étais bien « une vraie rôliste ».

Une femme a partagé mon article sur Facebook, en expliquant qu’elle se retrouvait dans ce portrait, et qu’elle faisait face aux mêmes réactions dans sa pratique.

Le commentaire qui a suivi sur la publication ? Un homme, qui répondait : « Mouais, enfin cet article ressemble surtout à un prétexte pour se la péter et caser qu’elle est meneuse et écrit elle-même ses propres scénarios… ».

Anonyme

Je me rappelle d’un mass-larp où, peu de temps avant le GN, j’ai eu l’audace de demander à mon orga référent s’il serait d’accord pour ajouter une romance roleplay à mon personnage. Vu le nombre de joueurs, c’était pas ce qu’il y avait de plus compliqué à faire, et ça permettait facilement d’amener du jeu entre groupes, mais je lui ai aussi précisé que je comprenais s’il avait d’autres trucs à penser d’abord, et il a fini par gentiment m’envoyer sur les roses.

Quelle n’a pas été ma surprise lorsque j’ai appris que, après être allée me coucher le premier soir, ce même orga a non seulement déballé cette question de romance RP à tous les joueurs du groupe au coin du feu, mais également prit le temps de se moquer de moi pour avoir demandé un truc tellement « fille ».

Mauvais travail d’organisateur et sexisme, on tient un sacré combo.