Carole

Carole :

Bonjour,
Je joue depuis mes 15 ans et là j’approche de la cinquantaine.

J’ai été effarée devant certains témoignages, scotchée ; comment de nos jours cela peut-il encore arriver ?
J’en déduis que j’ai eu de la chance dans  ma longue carrière de rôliste ; j’ai aussi un caractère bien trempé, je ne me laisse pas marcher sur les pieds (ni ailleurs), en jeu de rôle ou  IRL. Un homme (travailleur social qui abordait le sujet du harcèlement) m’a dit une fois que j’avais peu de risques d’être harcelée car je suis trop sûre de moi pour les machos (qui en fait ne s’attaquent qu’aux  femmes qu’ils pensent faibles, on voit là leur courage).
J’ai souvent eu des tables uniquement masculines à part ma petite personne, et lorsqu’il y avait d’autres filles à table (chouette chouette), aucun imbécile n’aurait pu l’ennuyer tellement je l’aurais taclé de suite, pour que la damoiselle se sente en sécurité et reste. De mon temps, les rôlistes étaient tous cultivés et pour la plupart éduqués, à présent, c’est mon MJ à moi qui le dit, le JDR se démocratise ; et on trouve sans doute des hommes dont leur mère a négligé l’éducation, surtout le chapitre respect (et protection des plus faibles : jeunes, moins musclés, plus âgés… Une femme n’est pas un jouet mais une personne qui est ton égale… ) et de consentement.
Mes 4 enfants sont rôlistes, et ma fille (qui présente le même charmant caractère) joue en GN, et en JDR ne m’a jamais fait part de problèmes de ce style. Je n’ose même pas imaginer qu’un de mes fils se conduise mal, si jamais cela arrivait à mes oreilles…
Alors oui, les filles, si un gros relou vous pourrit une partie, n’hésitez pas à lui faire remarquer gentiment : «  C’est un peu gênant pour moi là, si tu pouvais me lâcher un peu que je profite du jeu ». Il insiste : «  Je ne suis pas responsable de ta longue abstinence, mais si c’est ta méthode de drague , un conseil change de suite, va voir ailleurs là c’est trop ». Et si les autres laissent faire : « Et bien bonsoir messieurs ».
Je vous souhaite plein de parties avec des joueurs sympas et agréables, je conseille un petit investissement de temps dans le self défense, aïkido, karaté, ça peut toujours servir, et ça donne un peu plus de confiance en soi. Et n’oubliez pas d’éduquer les futurs rôlistes lorsque vous serez maman.

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Portrait : Virginie

Virginie Tacq se définit comme une médiatrice ludique et game designeuse. Elle est fondatrice de Ludilab (un collectif qui accompagne des auteurs et des créateurs dans la création de leurs jeux) et de Paye ton jeu, un site qui traite du sexisme ordinaire dans le milieu du jeu. Autant dire que nous avons des atomes crochus…

EPEJ : À quel moment de ta vie as-tu su que tu voulais travailler dans le domaine du jeu ?

VT : Après mon année de spécialisation en sciences et techniques du jeu à la Haute École de Bruxelles. Au départ, ce devait surtout être une opportunité de développer un fonds jeux de rôle dans le bibliobus dans lequel je travaillais à l’époque.

EPEJ : As-tu fini par monter le fonds JdR dans ton bibliobus ?

VT : Non, des changements d’employeur m’ont finalement orientée vers autre chose.

EPEJ : Tu te définis comme game designeuse. Qu’est-ce que ça englobe, concrètement ?

VT : Je travaille sur la création de mes propres jeux. J’accompagne également des associations dans le développement de leurs jeux (de sensibilisation, par exemple) et je donne des ateliers, des stages dans lesquels le public peut apprendre à créer des jeux (adultes, enfants). Il y a aussi pour moi un aspect important de réflexion sur la place du jeu en tant qu’objet culturel.

EPEJ : Beaucoup de créateurs de JdR sont des autodidactes. Penses-tu que le milieu aurait à y gagner en suivant des formations sur le game design ?

VT : Tout dépend de leur contenu et de leur organisation. On pourrait assister à un formatage. D’un autre côté, les formations peuvent aussi être des lieux de réseautage et déboucher sur des projets en commun, sur l’élargissement de son horizon…

EPEJ : Arrives-tu encore à jouer à un jeu sans essayer de le décortiquer d’un point de vue design ?

VT : Quand je joue à un jeu, je pense surtout à m’amuser et à bien comprendre les règles ! 🙂 Quelquefois, une mécanique me semble vraiment intéressante, originale : dans ce cas, je vais déployer mes antennes de game designeuse. Je reste tout de même attentive à cette dimension mais sans qu’elle prenne forcément le dessus systématiquement.

EPEJ : Le Tumblr Paye ton jeu publie des témoignages de sexisme dans le monde du jeu. Comment est-il né ?

VT : Avec une amie, on en avait marre du sexisme ordinaire qui régnait sur un gros groupe Facebook parlant de jeux de société. Chaque fois qu’on faisait remarquer ce sexisme, on se faisait enflammer et souvent les postes entiers finissaient effacés pour enterrer le conflit. Donc on a voulu créer un espace de visibilisation et de rassemblement, pour se sentir moins isolées face à ce problème.

EPEJ : Est-ce mission réussie, de ce point de vue ? Avez-vous rassemblé des alliés autour du projet ?

VT : Nous avons aujourd’hui dépassé les 2 000 personnes qui suivent notre page. Nous avons en tout cas atteint notre objectif à nous, celui de donner un canal d’information et la possibilité de témoigner et de partager à ce propos.

EPEJ : Puisque tu vis à Bruxelles mais que tu as fait tes études à Paris, vois-tu une différence entre les joueu·r·se·s des deux pays ?

VT : Je commence à peine à Paris en fait 😉

EPEJ : Pratiques-tu ou as-tu pratiqué le jeu de rôle sur table ?

VT : Quelques parties dans le passé. Surtout de l’Appel de Cthulhu. Un peu d’Eclipse Phase aussi. Et j’ai maîtrisé Toons une fois.

EPEJ : Pourquoi as-tu cessé d’y jouer ?

VT : Par manque de temps essentiellement.

EPEJ : As-tu le sentiment que ton engagement féministe te nuit parfois, dans ton milieu de travail ?

VT : Oui, quelquefois. J’échange souvent de vifs propos sur des sujets féministes avec des acteurs (hommes) plus ou moins importants du milieu. Certains m’ont retirée de leurs contacts FB notamment. Donc ça ne nuit peut être pas (encore) directement à mon travail, mais ça ferme peut être quelques portes pour l’avenir. A contrario, je rencontre des femmes qui ont envie de construire des projets professionnels avec moi donc ça peut aider aussi.

EPEJ : Comment ton expérience de ludothécaire a-t-elle influencé ton approche du design ?

VT : Ça m’a apporté une attention à toujours mettre le public en premier, à voir la création de jeux comme la création d’une expérience avant tout. Il m’arrive de créer des jeux comme expression artistique, pour lesquels je me concentre sur d’autres aspects mais en choisissant consciemment la place qu’auront ou n’auront pas les joueur·euses dans le dispositif.

EPEJ : Penses-tu qu’on vive dans l’âge d’or du jeu de plateau ?

VT : Je suis un peu dubitative par rapport à ce terme. Si on évoque par là uniquement l’abondance, peut-être. Quoique ça reste encore un loisir de niche même si celle-ci s’élargit, donc on pourrait imaginer une diffusion encore plus large sans trop de difficulté je pense. Mais je ne suis pas économiste 😉  

EPEJ : Quelle sera la prochaine grosse évolution du monde du jeu, selon toi ?

VT : Je ne devine pas l’avenir malheureusement. Par contre, celle que je souhaiterais serait l’émergence d’une vraie frange indie dans le jeu de société.

Portait : Carine

Carine est podcasteuse chez les Aventureux, podcast de JdR québécois. Elle est également rôliste depuis plus de 25 ans et psychiatre de formation.

« Je conserve précieusement les souvenirs des jeux qui m’ont fait vivre plein de choses dans le passé. Je ne pourrais donc pas vraiment choisir entre mes nouveaux amours ou mes anciens… Je dis souvent à la blague que je fais de la polygamie (gamie ici se prononce « game » comme le mot « jeu » en anglais). »

 

EPEJ : Comment as-tu découvert le JdR ?

Carine : J’ai commencé le jeu de rôle lorsque j’avais environ 8 ans. Ce sont 2 de mes cousins qui m’ont initiée lors d’un party de Noël chez ma grand-mère. Ils m’ont fait jouer à Donjons et Dragons 2e édition et nous avons commencé à jouer à chaque fois qu’il y avait de grosses réceptions chez ma grand-mère (Noël, Jour de l’An, Pâques, fête de ma grand-mère…). Par la suite, lorsque j’ai commencé le secondaire, je me suis fait des amis qui partageaient le même hobby et j’ai commencé à avoir des parties plus régulières et essayer quelques différents systèmes.

EPEJ : En tant que psychiatre de formation, quel regard portes-tu sur la représentation des maladies mentales dans des jeux comme l’Appel de Cthulhu ?

Carine : J’essaie en fait de ne pas trop les regarder. (Rire) Ce que je veux dire par cela est que souvent les maladies mentales sont présentées de manière plutôt stéréotypée et simplifiée. Ce qui me génère plus de frustration, ce sont comment ces maladies sont dépeintes par les joueurs, souvent de manière caricaturale par manque de connaissances ou par simplification puisqu’il s’agit souvent d’un élément secondaire au jeu. Je pense aussi que de jouer une maladie mentale « parfaitement » est très difficile. Je pense que nous avons tous nos zones de grincements de dents. Plusieurs de mes amis sont informaticiens et ont une réaction similaire à comment le « hacking » se fait dans certains jeux. J’essaie de rester zen face à cela. J’essaie de les voir plutôt un peu comme des maladies magiques qui n’ont rien à voir avec les maladies mentales que je connais.

EPEJ : Tu fais partie du podcast de JdR les Aventureux. Comment est née cette aventure ?

Carine : Les Aventureux sont nés d’une initiative d’Etienne Harvey. Il a fait un appel à la communauté car il voulait débuter un podcast sur le jeu de rôle. Marc et Philippe y ont répondu et ainsi sont nés les Aventureux. Je les ai rejoints plusieurs mois plus tard. J’ai rencontré Philippe alors qu’il faisait des soirées d’initiation aux jeux de rôles au pub Randolph (maintenant elles se font à la Récréation). Je l’ai contacté et j’ai essayé quelques jeux dont Fiasco. Il m’a invitée à faire une partie avec eux de Fiasco (Podcast 28 intitulé : Patate, Old Milwaukee et Tentacules). J’ai beaucoup aimé mon expérience et après avoir écouté leur podcast, je leur ai demandé de me joindre à eux (Philippe me taquine souvent en disant que je les ai suppliés). Ils ont accepté et c’est comme cela que j’ai commencé cette aventure avec eux.

EPEJ : Pourquoi as-tu demandé à rejoindre les Aventureux ?

Carine : Dans ma vie personnelle, avec mes amis, j’abordais déjà beaucoup des sujets similaires. J’ai trouvé l’opportunité de pouvoir le faire en podcast très intéressante. J’adore parler des jeux de rôle sous tous les angles et je venais de trouver un groupe avec qui je pouvais le faire ! De plus, j’ai beaucoup apprécié faire la partie avec eux. J’aimais également leur objectif qui est de promouvoir ce hobby qui est souvent encore mal connu. Tous ces éléments ensemble m’ont motivé à faire le saut.

EPEJ : Qu’est-ce qui te plaît dans le fait de podcaster ?

Carine : Ce qui me plaît le plus est le fait de discuter d’un sujet que j’aime avec plein de gens qui ont des approches et des idées différentes! Les Aventureux, d’une part, mais également toute la communauté qui commence à se créer autour de nous (Discord, personnes rencontrées dans les conventions, Facebook,…). Je suis très heureuse lorsque des joueurs essayent un jeu après nous avoir écouté. Nous essayons beaucoup de faire la promotion de jeux dits alternatifs et de créateurs indépendants. Alors de faire découvrir différents aspects du jeu de rôle me stimule beaucoup.

EPEJ : Joues-tu avec un groupe régulier ?

Carine : Oui. J’ai en fait 2 groupes réguliers. Un avec lequel j’avais une partie de Donjons et Dragons 4e édition qui c’est transformée en 5e édition en cours de route. Ce groupe se rencontre un peu plus sporadiquement car plusieurs ont des enfants et plusieurs obligations de vie. Nous devrions cependant commencer une partie de Cthulhu en 2018, si la logistique nous le permet. J’ai aussi un autre groupe avec lequel je faisais une partie de Numénéra depuis maintenant 1 an. Je les ai récemment convaincus qu’à la place nous allions faire des essais de plusieurs jeux de rôles différents. Je suis super enthousiaste à l’idée d’essayer plein de jeux indépendants et de nouveaux jeux dans la prochaine année. C’est un groupe avec lequel je me sens à l’aise de tester différents thèmes et systèmes et ce sont souvent eux qui me servent de « cobayes » pour que je pratique les parties que je maîtrise en convention.

EPEJ : Es-tu joueuse uniquement ou bien maîtrises-tu des parties ?

Carine : Je suis les 2. J’ai commencé en tant que joueuse. J’ai pendant plusieurs années cru que maîtriser n’était pas pour moi, suite à une mauvaise expérience durant mon adolescence, où j’ai échoué lamentablement lors de la maîtrise d’une partie de Donjons et Dragons 2e édition. J’ai recommencé à essayer de maîtriser il y a de cela maintenant environ 2 ans. Je dois avouer que je trouve cela plus simple et plus intéressant pour moi de maîtriser des jeux indépendants qui sont souvent faits pour de courtes parties. J’ai plus de difficultés à faire des campagnes long terme. Depuis maintenant un peu plus d’un an, je maîtrise également en convention.

EPEJ : Es-tu créatrice de JdR en plus d’être consommatrice ?

Carine : Non, je n’ai jamais créé de JdR.

EPEJ : Est-ce que c’est parce que ça ne t’intéresse pas ?

Carine : Je trouve le processus de création très complexe. Cela nécessite un grand investissement en temps et en énergie. Pour le moment, dans ma vie actuelle, je préfère prioriser d’autres éléments que celui-ci.

EPEJ : Quel est ton JdR préféré ?

Carine : Alors, cette question est pour moi impossible à répondre. Cela dépend d’avec qui je joue, de mon humeur du moment, de où je suis rendue dans ma vie, du temps que j’ai… Bref, de mille et un facteurs qui font que la réponse change constamment. En plus, je découvre souvent de nouveaux jeux, alors les nouveautés sont souvent plus stimulantes car elles apportent de nouvelles expériences. Cependant, je conserve précieusement les souvenirs des jeux qui m’ont fait vivre plein de choses dans le passé. Je ne pourrais donc pas vraiment choisir entre mes nouveaux amours ou mes anciens. Pour moi, tous les jeux ont le potentiel d’apporter quelque chose. Je dis souvent à la blague que je fais de la polygamie (gamie ici se prononce « game » comme le mot « jeu » en anglais). Je peux cependant dire que parmi mes préférés du moment se retrouvent Fall of Magic, Bluebeard’s Bride, Don’t rest your Head et Dread. Je ne serais pas surprise que ma réponse soit totalement différente dans quelques mois.

EPEJ : Pour beaucoup de monde, l’image qu’ils ont du JdR québécois est celle de « Tom et ses chums » (Farador). As-tu déjà été confrontée à ce stéréotype ?

Carine : Quoique je n’ai jamais complètement adhéré à ce stéréotype, en partie car je suis une femme, lorsque j’étais adolescente, j’y correspondais beaucoup plus, ou plutôt je tentais de l’être. Pour moi, le jeu de rôle était une question d’identité à ce moment, et donc c’était quelque chose de très sérieux qui devait absolument se dérouler d’une manière très précise. Mes amis étaient tous des « gamers », de même que mes conjoints. Je devais être une « gameuse » et agir de cette façon pour je sois acceptée par les autres « gamers ». Avec le temps par contre, je me suis détachée de plus en plus de ce stéréotype et j’ai appris à amener le jeu de rôle à qui je suis plutôt que d’essayer de rentrer dans un moule. Le jeu de rôle est plus devenu une activité que j’apprécie mais ne me définit pas. C’est quelque chose que je fais et non qui je suis. Je pense, du moins pour moi, que cette approche me convient mieux et est beaucoup plus saine. Je me sens mieux dans ce type d’environnement.

EPEJ : Qu’est-ce que tu trouves dans le JdR que tu ne retrouves pas dans un autre loisir ?

Carine : Il y a plusieurs choses que je retrouve dans le jeu de rôle. Premièrement, c’est un loisir qui me permet une liberté créative que j’adore. Je raffole de ne pas savoir comment l’histoire va se terminer et la voir se développer au fur et à mesure que nous prenons des décisions et faisons nos actions. Par ailleurs, le jeu de rôle est très stimulant sur le plan intellectuel, tant de par la résolution de problèmes et d’énigmes que de par la stimulation de l’imagination, et ce, autant par ma participation que celle des autres. Je suis toujours emballée lorsque je vois des joueurs trouver des solutions ou amener l’histoire dans une direction que je n’avais même pas songée. Mais, ce qui me plait le plus dans les jeux de rôles, c’est l’aspect expérientiel. Je suis une personne sensible et parfois, lorsque les bonnes conditions sont présentes, je peux vivre beaucoup d’émotions dans une partie, et je passe beaucoup de temps à tout analyser ces informations. Et cela est pour moi une source d’apprentissage infinie! Cela m’aide ensuite à mieux comprendre les gens et à mieux me comprendre moi-même.

EPEJ : Qu’est-ce qui te fera arrêter de jouer au JdR, le moment venu ?

Carine : Je fais du jeu de rôle depuis maintenant 26 ans. Je ne pense pas que je vais jamais complètement arrêter. Il y a eu des périodes de ma vie où je n’ai plus joué pendant plusieurs mois par contre. Ma fréquence de jeux varie également beaucoup en fonction des phases de ma vie et de ce qui s’y passe. Ma pause la plus longue sans aucun jeu de rôle a été d’environ 1 an. J’avais arrêté à ce moment car je devais passer mes examens de fins de résidences pour graduer et devenir psychiatre. Si je dois couper le jeu de rôle pour avoir plus de temps pour un projet important ou pour mes proches je n’hésiterai pas à le faire. Cependant, dès que la situation se calmera, je recommencerai à jouer. De plus, avec la présence de plus en plus de jeux indépendants et se jouant en une seule soirée, je pense que le risque d’un arrêt complet ne se représentera pas.

EPEJ : En plus du JdR, pratiques-tu des activités connexes comme le GN ?

Carine : Je n’ai pas fait beaucoup de grandeur nature durant ma carrière de rôliste, cependant, à mon avis il y a des différences. Dans une partie sur table, il est important de conserver le flot et de tenter de rester en jeu autant que possible, mais cela est beaucoup moins dommageable pour l’ambiance si on décroche de notre jeu. Je trouve que le jeu sur table permet un temps plus grand de réflexion et d’analyse, alors que dans le « actual play » la spontanéité prend une place beaucoup importante. Aussi, souvent, le fait de jouer sur table permet de prendre une distance plus grande entre le personnage et nous. Dans le « actual play », la barrière entre nous jouons un personnage et nous sommes le personnage est, dans mon expérience, beaucoup plus mince.

EPEJ : Tu as la réputation de jouer des personnages bourrins (et tu le fais super bien). Est-ce que c’est quelque chose que tu revendiques ? Est-ce que ça dit quelque chose de ta façon d’aborder le JDR, à ton avis ?

Carine : Après un sondage auprès des gens avec qui je joue régulièrement, le verdict est que je fais souvent ce type de personnage lorsque les parties sont publiques ou enregistrées, mais que cela n’est pas la même chose dans mes parties dans mes groupes réguliers. Je pense que cela parle surtout de moi, et du fait que je me sens moins vulnérable lorsque j’interprète ce type de personnage, puisqu’il est très différent de ma personnalité. Dans mes parties « privées », je fais souvent aussi des personnages qui, sans utiliser la force physique, vont être très directifs dans leur conduite. Cet aspect parle, je crois, un peu plus de ma façon d’aborder le jeu de rôle. Ce hobby est pour moi une façon d’expérimenter diverses émotions. Nous pouvons l’utiliser pour vivre certaines fantaisies que nous avons ou pour explorer des dynamiques différentes. En jouant ce type de personnage, je profite donc de ces caractéristiques du jeu de rôle pour vivre ma fantaisie de me sentir forte et puissante, sentiment opposé à mon vécu dans mon quotidien.

Portrait : Selene

Selene est joueuse, meneuse, autrice de scénario, podcastrice à Ludologies (le podcast du jeu sous toutes ses formes), organisatrice de la Queervention qui a eu lieu à Rennes…

« C’est à l’école d’ingénieur où on était en internat, où c’était un milieu plutôt intellectuel etc, que j’ai pu faire du jeu de rôle. Et de façon intensive. »

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Merci aux Voix d’Altaride pour le soutien technique !

Portrait : Fanny

Fanny est podcatrice à Ludologies, le podcast du jeu sous toutes ses formes. Joueuse de jeux vidéos, elle a longtemps cru que le jeu de rôle papier c’était pas pour elle : « J’avais, parmi les gens que je côtoyais, des gens un peu snobs qui voulaient pas de noob, qui voulaient pas de gens qui savaient pas jouer parce que ça allait gâcher le jeu ». Jusqu’au jour où, il y a quelques années, son copain lui dit : « Mais le jeu de rôle c’est pas ça ! Tout le monde peut venir jouer ! ».

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Merci à Ludologies pour le soutien technique !

 

Portrait : Jenny alias Scarlet Witch

Jenny est une rôliste tarbaise de 23 ans. Avec ses cheveux de feu et son tempérament volcanique, elle nous parle de sa découverte du jeu de rôle, de son expérience associative ! Quelques anecdotes bien senties sur son expérience en tant que femme dans un milieu très masculin, le tout saupoudré de beaucoup d’humour.

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Anonyme

Dans un GN de masse du sud de la France (La Faille) je jouais une danseuse/espionne. Une faction de joueurs m’a enlevée. Attendant des négociations avec ma faction sans résultat, j’ai demandé au chef de la faction qui m’avait kidnappée la raison pour laquelle mon perso avait été enlevé. Il m’a répondu : « Parce que t’as une grosse poitrine, et on veut des danses gratuites. » Je suis sortie de mon roleplay et suis partie. Je ne suis même pas allée voir les orgas, tellement je n’en attendais aucune aide. En effet, sur ce GN, était publié chaque matin un petit journal rempli des anecdotes que les joueur-ses apportaient aux orgas. En première page de l’édition du matin, on y trouvait un classement intitulé « Les cuisses de la Faille ». Il s’agissait d’une liste réalisée par des joueurs sur des joueuses qu’ils trouvaient « à leur goût », et classées par « ordre de sexitude ».  Mon perso y figurait parmi d’autres, même pas cité par son nom, juste « La danseuse ». Les orgas et joueur-ses avec qui j’en ai parlé trouvaient ça « trop drôle » !