Portrait : Adrienne

EPEJ : Comment as-tu découvert le JdR ?

Adrienne : Comme indiqué sur le blog Mémoires de rôlistes j’ai découvert le JdR grâce aux jeux vidéos Baldur’s Gate et Baldur’s Gate II, d’abord en lisant les solutions dans le magazine PC Soluces puis en surfant (avec mon modem 56k) sur les forums consacrés aux jeux. Grande lectrice et amatrice de contes, légendes, livres en général et passionnée d’histoire, le JDR m’a permis de découvrir un grand nombre de références culturelles et historiques, par frottement avec la “culture rôliste” (Tolkien, Le Guin…) ou pour approfondir mes connaissances afin d’interpréter un personnage (notamment en ce qui concerne les personnages du “Livre des Cinq Anneaux” où mon intérêt pour les cultures et littératures asiatiques a grandi en même temps que ma connaissance de l’univers de L5A et d’autres jeux inspirés par l’Asie). J’avais également des dispositions car j’ai toujours aimé raconter des histoires et j’utilisais déja ma collection de Playmobil pour vivre et raconter des aventures romanesques et extraordinaires. Je voudrais saluer également l’influence du site “L’archiviste Warhammer” dont les articles sur les “Royaumes Oubliés” m’ont permis de mieux comprendre l’histoire et la géographie des lieux des romans que je lisais (car les romans TSR, bien que souvent mal écrits, sont un de mes plaisirs de lecture). La lecture du “Gouffre Maudit” de Loup Solitaire à été aussi une révélation vers 10 ans, soit 2 ou 3 ans avant que je commence à jouer, et même si dans mon esprit le Seigneur Kaï que nous incarnons est une Dame/Maîtresse Kai.

Ma famille jouait assez peu aux jeux de société, et j’ai grandi quasiment comme une enfant unique à cause de la différence d’âge importante avec mes frères donc mes souvenirs de parties de jeux de société sont rares et surtout dus à mes cousins et cousines ou amis et amies . Je pense toutefois que ces souvenirs agréables ont préparé le terrain pour ma pratique des jeux de toutes sortes (plateau, cartes, rôles, jeux d’adresse…).

 

EPEJ : Tu évoques le plaisir de lecture que provoquent les romans de TSR chez toi tout en reconnaissant leur médiocrité littéraire. Qu’est-ce qui fait que tu les apprécies malgré tout ?

A : Je pense que c’était en partie un succédané au jeu de rôle qui me permettait d’arpenter en lisant l’univers des Royaumes Oubliés quand je ne connaissais pas le jeu de rôle ou ne pouvait pas jouer faute de groupe ou d’envies des personnes avec qui jouer. Cependant certaines séries sont intéressantes à suivre et agréables à lire dans les conventions du genre (séries d’Elaine Cunningham, “Les Frères de la Nuit” de Scott Ciencin…) de même que certains romans. Relire un des ces romans me replonge également dans l’état d’esprit de mon adolescence, dans une certaine mesure, ce qui est en général agréable.

 

EPEJ : L5A propose un cadre social très contraignant et est un décor de jeu très codifié. La vérité y importe peu, les PJ sont écrasés par la hiérarchie, les us et coutumes nous prennent souvent à rebrousse-poil… Qu’est-ce qui fait, selon toi, que nous sommes tout de même fascinés par Rokugan, qui est tout sauf un univers de jeu reposant ?

A : C’est une bonne question car effectivement les personnages sont contraints par les us et coutumes, la hiérarchie, la politique des clans. Cependant, je pense que l’attachement à L5A tient à l’identification aux valeurs d’un des clans qui donne aux joueurs et aux joueuses le sentiment d’appartenir à ce clan comme le font leurs personnages. On peut y voir à mon avis l’influence du jeu de cartes à collectionner qui encourage une certaine identification de fan. Les enjeux deviennent alors en partie personnels ou prennent de l’épaisseur par rapport à d’autres jeux (exception peut être d’autres jeux à clans comme ceux du Monde des Ténèbres dont la sociologie des joueurs et joueuses est sûrement semblable). Malgré les stéréotypes des clans, il est possible et même souhaitable d’imaginer pourquoi et comment des personnages s’intègrent dans leur clan et intègrent ses valeurs, ainsi que comment ils et elles concilient leur individualité avec ces règles et attentes (d’où l’intérêt aussi du fameux “Game of 20 Questions” à la création de personnage). Personnellement je me reconnais tout à fait dans le clan de la Licorne et son “étrangeté” relative par rapport à la société rokugani, dans son goût pour les voyages et les rencontres avec l’étranger (voire l’étrange en ce qui concerne les Naga), dans la personnalité des fondateurs et fondatrices des familles qui ressemble en partie à la mienne (approche diplomatique de la famille Ide et ses Techniques au noms si évocateurs comme “The Heart Speaks”, ”The Heart Listens” notamment ou expérimentations magiques des Iuchi…)

Il est possible que ces conventions sociales encouragent les joueurs et joueuses à privilégier les moyens de résolutions de conflits ou la poursuite de l’intrigue par des moyens non-violents, ce qui est plutôt soutenu par le système de règles (mortalité du combat, rareté des soins magiques…). Le recours aux armes est plutôt cantonné aux contextes du duel ou de la bataille rangée, ce qui est encore une fois en phase avec le genre.

 

EPEJ : Si tu n’avais pas rencontré le JdR dans ta vie, quel autre loisir aurait pris sa place dans ta vie ?

A : Je suis quelqu’un de timide et je l’étais encore plus enfant et adolescente, où c’était maladif (agoraphobie, crises de panique lors des prises de parole en public…). Mes loisirs étaient et sont encore essentiellement des loisirs de “nerd” comme la lecture et le cinéma, mais je ne crois pas que j’aurai pu trouver un autre loisir qui me convienne aussi bien que le JDR.

 

EPEJ : As-tu le sentiment que le JdR t’ait aidé à accepter ces peurs ou bien au contraire que c’était un exutoire pour y échapper ?

A : Oui ce fut largement le cas, d’ailleurs c’était très gratifiant de voir que ce que j’écrivais était lu et apprécié par les autres joueurs et joueuses ou même ceux et celles qui ne jouaient pas directement avec moi sur des forums. J’ai vraiment pu “exister” socialement et particulièrement en tant que fille comme je ne le pouvais pas à l’époque dans la “vie réelle” en dehors de mon ordinateur. Toutefois j’ai toujours été plus à l’aise à l’écrit qu’à l’oral et c’était sans conteste un exutoire également, surtout à l’époque où j’ai connu un harcèlement quotidien à l’époque du collège.

 

EPEJ : Existe-il d’autres joueuses dans ton entourage ludique ?

A : Actuellement j’en ai rencontré deux et grâce au forum Casus NO, j’en connais quelques autres en ligne mais en personne je n’ai rencontré que très peu de joueuses. Lorsque j’ai commencé à jouer et surtout à maîtriser, la vendeuse de la boutique que je fréquentais a été une influence très positive et une amie pour moi dans un milieu où les femmes et les jeunes filles étaient peu présentes à l’époque (environ en 2000-2006). Par la suite, j’ai rencontré peu de joueuses, mis à part en ligne où leur fréquentation m’a aussi permis d’expérimenter avec mon identité féminine pendant l’adolescence. Voyant que je jouais un personnage féminin, certaines me confiaient des détails de leur quotidien de femme/jeune fille qu’elles n’auraient peut être pas confiés à des joueurs masculins qu’elles ne connaissaient pas vraiment bien (anecdotes de parents, angoisses sentimentales, problèmes de santé…)

 

EPEJ : Quand tu parles d’expérimentation avec ton identité féminine, est-ce à dire qu’entre autre, tu jouais des personnages féminins pour tester ta “légitimité” sexuelle ?

A : Je ne pense pas que cette légitimité était uniquement, ou même principalement sexuelle même si j’étais curieuse à ce sujet comme l’immense majorité des adolescent.es. Frustrée d’avoir été exclue de facto par les filles et par leurs parents des jeux entre filles, anniversaires et autres activités genrées vers l’âge de 10 ans brutalement, j’ai toujours souhaité retrouver une intimité (généralement non sexuelle) avec des filles ou des femmes d’où il me semblait avoir été arrachée brutalement et sans raison autre que les convenances ou l’hypothèse d’agressions sexuelles qui existaient seulement dans l’esprit de parents inquiets et rétrogrades. Le personnage d’Hadrien dans “Les Mémoires d’Hadrien” évoque d’ailleurs un sentiment similaire dans le magnifique livre de Marguerite Yourcenar. Cela dit, j’ai interprété des personnages homosexuels et hétérosexuels pendant plus ou moins longtemps et parfois en couple, d’une certaine façon c’était aussi un “terrain de jeu” pour explorer ces questions, d’autant plus que l’homosexualité et la sexualité en général étaient assez taboues dans ma famille.

 

EPEJ : Quels jeux maîtrises-tu en ce moment ?

A : Rêve de Dragon, ce jeu superbe et si évocateur malgré sa lourdeur éventuelle si on s’attache à utiliser toutes les règles. Je viens de recommencer suite à une demande de formation de groupe en ligne il y a quelques semaines et, malgré le trac, c’est très enrichissant et j’ai réellement l’impression de participer à une activité créative et créatrice, ce qui est fondamental pour moi. Je compte bien maîtriser d’autres jeux maintenant que j’ai le sentiment d’avoir retrouvé confiance en moi après des années d’angoisse liée au trac et à quelques mauvaises expériences de jeu.

 

EPEJ : La création semble importante à tes yeux. Qu’est-ce qui fait que tu t’éclates avec RdD qui propose des règles très cadrées et des scénarios très scriptés (avec une solution possible et pas toujours logique si on n’est pas Denis Gerfaud) ? N’es-tu pas attirée par des jeux à narration partagée où tu pourrais plus facilement exercer ton imagination en influant sur le contexte autant que l’intrigue ?

A : C’est principalement l’univers qui me plaît dans RDD plutôt que les règles. Je suis tout à fait attirée par les jeux à narration partagée comme l’excellent Night Witches ou des jeux comme Oltréé ! mais je n’ai pas encore eu l’occasion d’y jouer, tout au plus de les lire.

 

EPEJ : Joues-tu avec un groupe régulier ?

A : En dehors de ma partie de Rêve de Dragon et d’une série de parties estivales qui m’ont réconciliées avec le jeu “en personne” (merci aux membres du “Dé à π faces”) je n’ai pas de groupe régulier actuellement. J’aimerai en former un et j’aurai peut être l’occasion prochainement.

 

EPEJ : Y’a-t-il un réseau rôlistique au Luxembourg ou bien faut-il sortir du Grand Duché pour jouer ?

A : Grâce à Casus NO j’ai connu quelques rôlistes à Luxembourg. Il y avait bien quelques groupes qui jouaient à Warhammer il y a quelques années mais ils ne recrutaient pas, autant que je sache, et la communauté qui utilisait notre boutique de jeu de rôle locale connaissait tout au plus la petite annonce sur le coin du tableau. J’espère que les choses changeront et que notre petite communauté rolistique pourra éclore et se développer. Les différences de maîtrise des différentes langues du pays et les préférences linguistiques, qui pour le français, qui pour l’allemand, l’anglais ou le luxembourgeois influencent aussi les disponibilités des joueurs et joueuses. Il existe cependant probablement des joueurs et joueuses qui utilisent Internet pour former des tables internationales et plus encore qui découvrent et pratiquent le JDR en dehors des frontières du Grand Duché lors de leurs études universitaires en France, Allemagne, Belgique ou au Royaume-Uni notamment. Jusqu’a récemment, l’expatriation était quasiment un passage obligé pour poursuivre des études après le lycée à Luxembourg.

 

EPEJ : Parles-tu de JdR sur ton lieu de travail ou avec tes collègues ?

A : Comme je travaille dans le milieu de l’éducation, j’ai eu plusieurs fois l’occasion de parler des bienfaits du jeu et du jeu de rôle dans l’éducation et le développemment des enfants et adolescent.es ainsi que des adultes. Je crois profondément au JDR en tant qu’ouverture culturelle et amplificateur d’empathie pour les autres, de même qu’en ses capacités transformatives dont j’ai une expérience personnelle. Cependant, jusqu’à maintenant, mes collégues étudiant.es ou professionelles n’ont pas été tentées de faire un essai.

 

EPEJ : Comment le JDR t’a conduit à t’intéresser à la pédagogie ?

A : Je pense avoir toujours eu une certaine disposition à aider les autres en classe, à m’intéresser aux cours et j’étais bonne élève dans les matières où il n’y avait pas de mathématiques. Cependant, découvrir le jeu de rôle et vouloir expliquer les règles de jeux comme AD&D2 ou Shadowrun a donné une nouvelle dimension à cette disposition tout en me réconciliant d’une certaine façon avec les mathématiques dans une certaine mesure (probabilités, pourcentages, calculs de la CA et du THAC0). En ce qui concerne l’interprétation des personnages, j’ai plaisir à incarner des personnages qui enseignent aux autres et surtout ceux et celles qui développent une relation de tutorat (possibilité de former des apprenti.es pour les magicien.nes dans AD&D2 , rôle particulier du sorcier et de la sorcière  dans Al-Qadim qui doivent en théorie partager leur savoir avec des apprenti.es…). J’aime également constituer le grimoire des personnages au gré des rencontres et des événements de jeu. Les moments de jeu où j’ai pu mettre en place et interpréter cette relation de tutorat font partie de mes meilleurs souvenirs de jeu, et je suis sûre que l’expérience (c’est le cas de le dire ;)) acquise m’a incitée à vouloir faire de même en dehors de ces mondes fantastiques et ainsi à choisir cette orientation professionnelle.

 

EPEJ : Conseillerais-tu la pratique du JdR à un adolescent qui se pose des questions sur son identité de genre ?

A : Oui absolument. À mon sens, c’est la meilleure façon d’expérimenter avec son identité mouvante et multiple, d’autant plus qu’on est une personne transgenre. Dans de bonnes conditions et avec un groupe ouvert et empathique, ça me semble un lieu d’expression et d’imagination idéal ou la violence verbale, physique et psychologique est, sinon absente, bien moins présente. Je pense toutefois que, suivant l’expérience de vie de chacun.e, d’autres formes d’expérimentations avec l’identité de genre comme le port de vêtements associés à l’un ou l’autre genre ou la participation “transgressive”(et souvent libératrice) à des activités connotées par genre (bien qu’idéalement aucune ne devrait l’être) font nécessairement partie de ce questionnement singulier.

 

EPEJ : Es-tu créatrice de JdR en plus d’être consommatrice ?

A : Non mais j’aimerais l’être, si toutefois mes idées sont suffisamment bonnes, et j’essaierai sûrement d’écrire un scénario pour l’excellent “Te Deum pour un massacre” prochainement.

 

EPEJ : Est-ce que tu te retrouves dans la production actuelle, du point de vue du genre, aussi bien dans les illustrations que dans les textes ?

A : Je suis sensible à l’inclusion de personnages féminins qui se démarquent des stéréotypes, et à celle de personnages transgenres. Aux illustrations également, même si je ne me souviens pas avoir vu d’illustrations vraiment outrancières de ce côté là (demoiselle en détresse, chainmail bikini ou autres…). J’ai l’impression que, conformément à ce qui passe dans les sociétés “occidentales” dont sont issus l’essentiel des joueurs et joueuses, les auteurs et autrices de jeux se posent de plus en plus la question de l’inclusivité de leur production et de sa réception (ainsi la fameuse mention de l’identité de genre dans D&D5 est bienvenue et s’est longtemps fait attendre, mais elle est là !). Ce questionnement n’aurait probablement pas eu autant de retentissement sans certaines productions indépendantes ou les travaux d’Avery Alder et Jason Morningstar entre autres et leur volonté de questionner le statu quo comme la littérature ou la théologie féministe l’ont fait en leur temps et le font encore actuellement.

 

EPEJ : Quel est ton JdR préféré ?

A : C’est une question très difficile, notamment car les JDR que j’ai pratiqués longuement (AD&D2, Shadowrun 3, L5R 1e, Hunter: The Reckoning…) sont indissociables de tant de souvenirs de mon enfance et adolescence. Je citerai cependant l’excellent “Al-Qadim” éternellement lié pour moi à mon amitié en ligne avec un jeune pakistanais pendant la Seconde guerre d’Irak, “Te Deum” le superbe fruit du travail de Jean-Philippe Jaworski, Hunter: The Reckoning pour son mélange de vie quotidienne et d’exaltation religieuse ou mystique et Mummy: The Resurrection ainsi que Changeling: The Dreaming pour leur vision plus optimiste du World of Darkness et leur côté magique ou féérique. Je rajouterai également “Northern Crown” et sa réinterprétation fantastique de l’histoire américaine, à la fois réelle et mythique. “Werewolf : The Forsaken” est également un des jeux qui m’a le plus marqué à la lecture et un des rares dont je possède l’intégrale de la gamme ; Ses thématiques autour des esprits , de la parenté et de l’écologie me touchent profondément.

 

EPEJ : Al-Qadim et ton amitié en ligne avec un jeune pakistanais pendant la Seconde guerre d’Irak ? Kamoulox ?

A : J’ai rencontré un jeune Pakistanais un peu plus âgé que moi sur un forum consacré à AD&D2 et nous avons sympathisé notamment autour d’une partie d’Al-Qadim à deux comme j’étais l’une des rares personnes à vouloir jouer dans un univers orientalisant. C’était peu avant le début de la Seconde Guerre d’Irak, et sa proximité avec le conflit (coupures de courant, accessibilité…) m’a fait prendre conscience du conflit d’une manière inattendue et unique,plus marquante encore que l’actualité que je suivais régulièrement.. Juste pour rire, j’ai le souvenir par exemple de certains forumistes nous envoyant des messages insultants du type “Terroristes ! Vous jouez à “Al-Qaeda” ! J’appelle le FBI !” à l’époque troublée des “Freedom Fries” et de l’”Axe du mal”.

D’ailleurs à ce sujet, je suis convaincue que c’est l’étude approfondie des questions religieuses, panthéons et autres dans les jeux de rôles qui a déterminé mon orientation universitaire en sciences religieuses, même si d’autres facteurs (éducation familiale, expériences religieuses…) ont joué un rôle également.

 

EPEJ : Qu’est-ce qui te fera arrêter de jouer au JdR, le moment venu ?

A : Je crois sincèrement que je n’arrêterai pas de jouer au JDR, à moins d’en être complètement empêchée par la maladie. J’espère en tout cas y jouer le plus longtemps possible.

 

EPEJ : En plus du JdR, pratiques-tu des activités connexes comme le GN ?

A : Je n’ai jamais pratiqué le GN mais j’ai pratiqué ou pratique encore les différentes activités connexes du hobby (peinture de figurine, jeux de cartes à collectionner, jeux de plateau… ). Je crois que la “culture rôliste” faite de différentes influences est une réalité et j’aime m’y intéresser, même si je ne peux connaitre tout ce qui la constitue. Les quelques expériences théâtrales que j’ai faites pendant mes études secondaires puis à l’université m’ont également permis de mieux vivre cette timidité ,l’expression corporelle et tout ce que le théâtre implique. Je pense que c’était en partie dû à mon expérience du JDR également qui facilitait le fait de se projeter et d’incarner un personnage. J’ai eu l’occasion de jouer certains rôles shakespeariens (dans des productions amateurs et scolaires bien sûr !) qui m’ont marqués comme Prospero et Malvolio ,mais je regrette de ne pas avoir eu l’occasion d’interpréter des pièces shakespeariennes mettant en avant l’aspect queer- et trans-friendly des pièces du Barde de Stratford comme “Comme il vous plaira” ou “Le Marchand de Venise” à travers des personnages comme Viola (“Je suis toutes les filles de la maison de mon père”) ,Portia,Antonio ou Bassanio. . Peut être en aurais-je l’occasion ?

 

EPEJ : As-tu été confrontée à des comportements sexistes dans le monde du jeu ?

A :  Je n’ai pas beaucoup d’anecdotes mais je me souviens de ma 1e convention alors que j’avais 17 ans. Je m’inscris à une partie de L5A et choisis un prétiré féminin (qui était aussi dans le cliché « Je suis une fille donc je soigne » mais les autres m’interessaient encore moins) pour un scénario classique type ‘enquête au château ». Le MJ refuse car jouer un personnage féminin quand on est « pas une fille » c’est être « un pervers ». Je suis choquée mais bon personne ne réagit alors je change de personnage pour le même au masculin. Mal m’en a pris car entre les insinuations du MJ et le scénario mal construit et presque sans discussions avec les PNJs qui sont c’est bien connu « pour les pédés » (dans un scénario d’enquête !), je n’ai pas pris plaisir à jouer du tout et j’ai fini par quitter la table après trop longtemps…Et en plus le MJ m’a reproché de n’avoir pas aimé son scénario !

J’ai aussi connu des MJ qui ne pouvaient voir les personnages féminins qu’à travers leurs fantasmes sexuels : une fois à BESM le MJ nous dit à la création « Dans mon univers, tous les personnages féminins sont des catgirls donc sexy et soumises à un maître. Elles portent toutes un uniforme de soubrette avec un collier à grelot…. » J’ai choisi un personnage masculin, mais à la fin de la création, je suis partie. C’est une des raisons pour laquelle je n’aime pas BESM en plus du système, même si jouer une catgirl dans d’autres circonstances ne serait pas un problème

Une autre fois à Star Wars, je veux jouer une Twi’lek chevaleresse Jedi dans une campagne autour de l’Académie Jedi. Je crée le personnage mais le MJ me dit « Ah mais c’est une Twi’lek donc « forcément » une « ancienne prostituée séductrice et sexy » . Là encore pas de réactions mais j’étais plus âgée donc je lui dis le fond de ma pensée et je lui montre le livre de règles (la description disait quelque chose comme « Les Twi’leks sont très sociables et adaptables, beaucoup ont une âme d’artiste ») avant de quitter le groupe sous les plaisanteries des autres membres qui en rajoutaient avec des “N’oublie pas de mettre des points dans “Profession : Prostituée”…!

La seule fois où j’ai vraiment senti un danger d’agression sexuelle c’est quand je me suis inscrite au club de JDR de la fac pour une initiation à Ars Magica. Là le président (une bonne cinquantaine d’années dans un club d’étudiant.es sans être étudiant ou professeur) et futur Conteur discute avec moi et une autre fille et 5 minutes après nous propose une création de persos seules chez lui le soir avec force regards lubriques…On s’est regardées et on s’est inscrites pour du Delta Green !

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Anonyme

Je joue depuis toute petite, j’ai d’abord commencé avec mon père et mes frères et sœurs, puis avec des amiEs. Même lorsque j’augmentais mon cercle de joueurs(ses), j’étais rarement la seule fille. Un ami d’une amie m’a proposé une place à sa table, et j’ai bien évidemment accepté, étant à la recherche d’une campagne. Je crée un personnage, une jeune fille de 21 ans, coincée dans un corps d’enfant, remplie d’espoir et de soif de voyages, ayant un lien très fort avec les dieux. Le MJ semble ravi de ce personnage et des relations entre les personnages du groupe que ça produirait. Au début, tout semble aller bien, mon personnage est certes traitée comme une enfant, mais au vu de son apparence, c’était à attendre et après avoir fait un peu ses preuves, son avis est pris en compte.
Mais alors que nous étions en train de visiter une ville remplie de morts vivants, le MJ force mon personnage et un autre (adulte) à avoir des relations sexuelles. Rien ne justifiait ça. Il y avait certes un charme dans les lieux, mais qui ne pouvait pas aller à l’encontre de la morale d’un personnage. Mon personnage n’avait jamais envisagé de coucher avec cet autre personnage. Et cet autre personnage non plus, n’étant pas un pédophile. Mais mon MJ l’a fait juste pour son bon plaisir, insistant sur le fait que mon personnage était consentant et qu’au vu de l’univers ça aurait dû arriver avant. Il était à fond dedans et ajoutait des détails très graphiques alors que le reste de la tablée était muette. La séance d’après, pour rire, il demande à voix haute si mon personnage ne tombait pas enceinte.
J’en ai discuté par la suite avec d’autre joueurs de la table qui l’avaient vécu comme l’assouvissement d’un fétichisme de mon MJ. J’ai appris par la suite qu’il avait harcelé sexuellement d’autres joueuses.
J’ai aussi eu le cas de joueurs disant ne pas être sexistes parce qu’ils jouaient des personnages féminins. Il s’agissait d’allumeuses à talons hauts. Systématiquement.

Anonyme

Je m’appelle L., j’ai 30 ans, et je découvre tout juste le jeu de rôle. J’ai plutôt l’habitude de jouer aux jeux de plateau, mais l’idée de découvrir les jeux de rôle me trottait dans la tête depuis longtemps. Malheureusement, mon partenaire et moi-même habitions dans une zone rurale, où il était compliqué de rencontrer d’autres joueurs. Nous avons déménagé dans une ville où existe une association de joueurs de jeux de plateau/jeux de rôle. Toute contente, je me lance ! Première partie de ma vie : un MJ et cinq hommes, je suis donc la seule femme. Je déchante très vite : toutes les femmes du jeu sont présentées par le MJ soit comme des « connasses », des « simplettes », des « bonnasses », des « chaudasses », ou un peu tout ça à la fois… Dès qu’une femme PNJ entre en jeu, les autres joueurs s’en « servent » pour donner des faveurs sexuelles, se demandent s’ils vont la violer ou pas, s’ils vont « la baiser » ou pas etc… En tout, au moins cinq fois des appels au viol de personnages féminins durant le jeu (très souvent du fait d’un joueur particulier, qui semble avoir un gros penchant pour ce genre de fantasme…) et je n’ai pas compté le nombre de : « Une femme ? Ah bah moi je la baise ! », « Une femme ? Je la viole à votre avis ou pas ? », et les injures à caractère homophobe du style « Je suis pas une tafiole moi ! » qui ont ponctué le jeu, le tout sous les rires francs et gras des copains présents… J’ai fini le jeu en me sentant très mal, avec un sentiment d’injustice et de colère, d’avoir été purement et simplement niée dans mon humanité. J’en ai fait part au MJ et aux autres joueurs, qui sont restés assez muets sur la question. Le type qui était particulièrement virulent niveau « blagues»  sur le viol s’est défendu en me disant : « Si tu aimes pas le malsain, faut pas jouer avec moi ! »… Pas sûre que je retente de sitôt le jeu de rôle malheureusement…

Lucrecia (4/4)

[TW : mentions de viol, agression sexuelle, violence psychologique, homophobie, transphobie, queerphobie, polyphobie, harcèlement, attouchement, racisme]

Alors qu’on venait juste de quitter l’association, nous avons rencontré un jeune couple qui lui aussi, pour d’autres raisons, s’était distancé de ses membres. Au départ, tout était parfait. L’homme était ouvert aux thématiques LGBTQ+, au polyamour, au féminisme et au militantisme en général, là où sa copine était plus nuancée, mais tout aussi cool.

Sauf que… Au final, non. Tout à dérapé un soir après une longue et éprouvante partie de JdR où, alors qu’elle dormait dans le lit d’à côté et que j’étais collé contre mon conjoint et son-a petit-e copain-ine de l’époque, il m’a embrassé puis sucé les seins. J’ai eu une réaction de total déphasage, heureusement qu’il s’est arrêté sinon je n’aurais jamais pu le repousser. J’avais confiance en lui et il l’avait complètement brisée. On n’a jamais parlé de ce qui c’était passé ce soir là, mais je n’ai pas oublié et j’en tremble parfois. J’ai mis énormément de temps à m’en sortir après ce geste, et nos rapports n’ont plus jamais été les mêmes, j’ai préféré me réfugier dans les bras de sa conjointe.

Je me suis jeté dans la gueule du loup. C’était une femme bourrue et directe, aux personnages au RP violents et peu loquaces. Bref, c’était plutôt raccord avec son tempérament. Elle avait des prises de position très violentes, comme insulter des personnes trans ou se montrer sexiste envers toutes les personnes trop « féminines » à son goût. Au final, elle est partie d’elle-même après une énième dispute où elle m’a rabaissé et écrasé pour des prunes…

J’ai écrit tout ceci pour exorciser ce que toutes ces charmantes personnes m’ont fait subir et pour apporter un témoignage. Oui, la communauté de GN, de jeux de rôle et tout simplement geek en général a un problème. Non, je ne me tairai pas et je n’ai pas peur de clamer haut et fort comment ces personnes m’ont traité et toutes leurs violences envers les femmes et les communautés LGBTQ+. Ce n’est pas à moi d’avoir honte, mais bel et bien à elles. Et je ne compte pas m’arrêter à un témoignage, ce genre d’immondices devrait tout simplement cesser définitivement.

À tous ceux-elles qui m’ont lu jusqu’au bout, je vous souhaite un bon rétablissement. Ce fut un récit long et éprouvant et j’espère qu’il ne vous a pas trop secoué… En attendant, ne vous inquiétez pas, je vais bien et je reste forte et digne malgré ce qui m’est arrivé.

Je suis toujours debout.

Lucrecia (3/4)

[TW : mentions de viol, agression sexuelle, violence psychologique, homophobie, transphobie, queerphobie, polyphobie, harcèlement, attouchement, racisme]

Et puis j’ai rencontré celui qu’on va appeler le Pervers. Parce que c’est ce qu’il est et que même après l’avoir bloqué de partout après presqu’un an, il a continué à chercher à entrer en contact avec moi à tout prix jusqu’à récemment.

Remettons les choses dans le contexte. Ce mec n’était pas venu à l’association depuis des mois. Quand il revient, monsieur râle. Lui, homme blanc hétéro cis, ne se sent plus à sa place, les queer ont envahi l’espace. Il ne voulait tout simplement pas entendre parler de féminisme et de cause LGBTQ+. Il détestait tellement les militants qu’il a avoué à mon crush agresseur sexuel qu’il voulait « purger » (tel un croisé des temps modernes) l’association de ces foutus social justice warriors et « transpédés »… Charmant. Le tout, en manipulant ce qu’il appelait « les esprits faibles », en racontant à tout va qu’on prenait trop de place et que les hommes blancs cis hétéro comme lui se faisaient écraser, marginaliser par les personnes comme nous… Wahou. Et c’est moi la perverse manipulatrice narcissique ? Le pire, c’est que ça a marché ! Un mois après son arrivée, toutes les personnes LGBTQ+ étaient parties. Ses violentes prises de parole contre le militantisme et en faveur de l’exclusion totale des « transpédés » a très bien marché. Tout le monde lui a mangé dans la main, et j’ai même vu une personne rejeter sa bisexualité à cause de lui et de sa haine.

Le problème, c’est que même si monsieur détestait les féministes et cie., ça ne l’empêchait pas d’avoir des envies. Et hélas, ces envies se sont tournées vers moi. Et alors là, c’est devenu l’enfer. Lors de l’anniversaire d’une amie en commun, il a voulu me forcer à avoir un contact physique avec lui, une bise. Il l’avait déjà fait de force à mon conjoint totalement éberlué mais moi, je ne me suis pas laissé faire, je l’ai attrapé par les épaules et j’ai dit  « non, je n’ai pas envie ». Son sourire était d’un vicieux… Le même soir, il a dit plusieurs fois « en rigolant » qu’il avait écrit des fictions érotiques me mettant en scène, sachant qu’on était en froid parce que plusieurs fois il était venu sur des statuts Facebook cracher sur des personnages trans ou homosexuels. D’où tu rigoles de ça avec des gens qui t’aiment pas ouvertement ? D’où tu rigoles de ça tout court, en fait…

Quand j’ai quitté l’association, j’ai reçu des messages très violents d’inconnus me disant que je faisais du mal autour de moi et que j’étais un « monstre »… Je n’ai su que plus tard que c’était par son initiative que ces personnes étaient venues me voir, dont une pour me parler (même si je soupçonne le fake compte à 3 000 lieues à la ronde) de… ses exploits sexuels. Oui, il a pris son pied en m’envoyant plein de détails explicites de trucs qu’il avait soi-disant fait tout en prenant l’identité d’une jeune femme fraîchement débarquée sur Lyon. Prends moi pour un con, va. J’ai dû bloquer un nombre incalculable de comptes avant de comprendre qu’il crachait son venin sur moi à qui voulait bien l’entendre, quitte à ronger des amitiés « solides ». J’étais un objectif qu’il s’était fixé et il n’a pas réussi à m’avoir, donc il a tout fait pour me pourrir la vie. Le pire, c’est que mes refus semblaient me rendre plus désirable encore à ses yeux… Creepy/20.

Pour tout récapituler : c’est un homme homophobe (utilisation répétée de termes comme « enculé », « la mettre bien profond dans le cul », « pédé », grimace quand deux personnes de genre masculin s’embrassent, fétichisation des relations sexuelles entre lesbiennes), transphobe (utilisation du terme « transpédé », mégenrage constant des personnes trans et fétichisation de ce qu’il appelle les « shemales »), sexiste (rabaissant souvent les femmes que ce soit « pour rire » ou en général), à fond dans la culture du viol (blague sur le sujet régulière, infestation de l’espace vital malgré un refus manifeste de la personne en face), polyphobe et adepte du slut shaming (crache régulièrement sur les personnes polya et m’a dit avec son fake compte et devant des personnes de l’association que j’avais deux amours pour je cite « le cul et l’argent », alala les femmes, ces créatures vénales !) et pour conclure raciste (fait de « l’humour » pour se moquer des immigrés-es et des personnes racisé-es).

Lucrecia (2/4)

[TW : mentions de viol, agression sexuelle, violence psychologique, homophobie, transphobie, queerphobie, polyphobie, harcèlement, attouchement, racisme]

Comme expliqué précédemment, j’ai abandonné ma transition et donc au placard mon binder, mes vêtements amples, etc… J’ai donc recommencé à porter décolleté, jupe, robe… Et ça n’est pas passé inaperçu. Une des membres de l’association a commencé à me balancer dans la figure que « les robes, c’était laid, que ça servait à rien et qu’elle n’aimait pas cela » tout en me traitant avec un mépris et un dégoût manifeste. Elle s’est mise à me prendre à part lors des entraînements et de me faire sentir comme… une merde. Il n’y a pas d’autre mot. Elle me sermonnait sans arrêt, tiquait quand je parlais… Bref, l’ambiance était super agréable ! Elle crachait sur tout ce qui était « féminin » sans arrêt et j’avais l’impression qu’elle me voyait comme une sorte d’abomination manifeste. Quand j’étais homme trans, elle osait à peine s’approcher de moi, mais en tant que « femme », c’était tout le contraire. Tout pour me mettre mal à l’aise ou me rabaisser. Joie.

Un autre membre de l’association est allé trop loin avec moi. Déjà, gros carton rouge, en couple monogame exclusif avec une jeune femme timide et peu sûre d’elle, monsieur mettait en avant son « besoin de séduire ». Il disait à droite à gauche que son côté lourd, dragueur, beauf était dans son tempérament et que c’était comme ça, c’était sa façon d’interagir avec les gens. Ouais, avec les femmes surtout. Parce qu’avec les hommes, c’était normal et courtois comme interactions… Avec les membres du genre qui l’intéressait, beaucoup moins.

J’ai fait la connerie monumentale de parler cul avec lui, une fois, et là, c’était le début de la fin. Il a compris que j’étais ouverte et ce fût le florilège des blagues vaseuses, des images de cul envoyées à n’importe quelle heure, des propositions pourries « pour rire »… Le pire, c’est que tout le monde savait que c’était un gars beaucoup trop insistant avec les femmes et insupportable parce que son sujet de discussion principal, c’était le cul. Tout le temps. Sur le chat de l’association, il avait ouvert un fil spécial pour poster des photos à caractère sexuel explicite dessus. C’était sa raison de vivre, le cul. Cela n’aurait pas été problématique si monsieur ne se ramenait pas en pleine discussion entre plusieurs femmes pour parler de… la taille de nos seins. Classique. Rajoutez à cela le fait qu’il « oubliait » de faire payer les frais d’adhésion à ses potes, mais pas aux personnes queer… Et aussi la fois où il a voulu toucher mon cul pour « l’épousseter » alors que quelqu’un le faisait déjà… Bref, un gars génial !

Sinon, un de ses plus proches amis, aussi membre de l’association, m’a traité de perverse manipulatrice avec quelques autres après m’avoir embrassé de force lorsque que je lui ai avoué vouloir plus qu’un simple flirt avec lui. Ça m’a totalement refroidi, surtout qu’après il est allé dire à tout le monde… qu’on était en couple, alors que je n’avais jamais répondu positivement à sa demande d’aller plus loin après le baiser forcé. Du coup je me suis payé une réputation de « salope » et de « manipulatrice vicieuse » qui séduit les hommes pour mieux les rouler… Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer ? Ah et ces deux personnes étaient très proches d’un autre type de l’association  qui se disait ouvertement homophobe : « C’est contre nature », « Quand je fais des câlins avec mes copains gnistes, c’est fraternel, pas comme ces pédés ».

Lucrecia (1/4)

J’ai vécu une très mauvaise expérience avec une association de GN, et j’aimerais partager ce témoignage sur votre site afin de briser la loi du silence.

[TW : mentions de viol, agression sexuelle, violence psychologique, homophobie, transphobie, queerphobie, polyphobie, harcèlement, attouchement, racisme]

Enfant, j’ai eu la chance d’avoir un papa m’ayant initié au jeu de rôle avec ma petite sœur, m’autorisant à jouer autant des femmes que des hommes, autant des forts que des faibles, autant des grands que des petits, autant des guerriers que des guérisseurs… Et ce, sans aucune remarque sexiste en mode « tu es une femme alors joue un soutien fragile et tais-toi » ou encore « non mais le rôle d’une femme, c’est d’être une séductrice dévergondée ». Non, il me laissait juste exprimer ma créativité et ma passion pour le théâtre et l’imprévision, et pour ça, il est le meilleur papa du monde.

Plus tard, je déménage de Paris, au revoir papa, les amis cools et la petite vie tranquille, bonjour les études et l’inconnu. J’ai été plus que comblé quand mes amis proches sur Paris se sont montrés ultra ouverts et compréhensifs lorsque je leur ai proposé nos premières parties de JdR. Nos sessions de Warhammer 40k et de D&D se passaient souvent sans aucun problème important, et même si parfois, certains joueurs (souvent des membres n’appartenant pas au noyau dur de mes proches) pouvaient se montrer limite-limite, j’étais heureuse parce que ça se passait bien. Il n’y a que sur les tables tenues par des inconnus que l’ambiance était parfois tendue, voire malsaine. L’homophobie et la culture du viol étaient des choses que j’ai malheureusement subi de plein fouet… Mais ce n’est pas la pire chose que j’ai vécue dans mon expérience de joueuse/GNiste.

Très vite, j’ai cherché à élargir mon cercle de connaissance et je suis rentrée dans une nouvelle association de GN qu’on m’avait décrit comme accueillante, ouverte d’esprit, différente des autres, bref le pied total non ? Je rencontre des gens formidables, comme mon futur conjoint. Puis rapidement, le rideau tombe. À l’époque, je me définis comme homme trans. Je porte un binder, des vêtements amples et pour couronner le tout, je suis militant féministe et LGBTQ+. Je ne suis pas la seule personne trans de l’association, mais très vite je remarque un truc qui me choque énormément. Nous ne sommes pas du tout traités comme les autres. Très vite, des tensions s’installent entre les membres, notamment avec une homme qui m’a approchée de manière plus ou moins malsaine. Il est thérapeute et me voit comme un… un sujet d’expérience ? « Tu es la première personne trans que je rencontre, ce serait intéressant d’en apprendre un peu plus sur toi, de manière purement scientifique ». Heu, OK, bonjour la fétichisation. Rajoutez à cela qu’on était avec le groupe dans un bar en train de boire un coup et qu’il m’a sorti ça alors que j’étais sur le côté avec lui loin des autres, et vous avez le combo du mec creepy. Monsieur avait un minimum de pouvoir et… il en a abusé.

Il a plusieurs fois passé ses nerfs sur moi et sur d’autres membres ouvertement queer de l’asso. Le malaise. Il allait jusqu’à dire que des problèmes datant d’avant notre venue étaient de notre faute. Il a craché sur nos revendications, notre militantisme, s’amusait à nous mégenrer derrière notre dos avec sa copine. Il s’est finalement tiré après quelques mois , mais je me rappellerai toujours de son regard lourd quand il nous engueulait moi et une pote et que c’était la première fois que j’avais mis un décolleté en sa présence. Tout en nous hurlant dessus et nous rabaissant, il ne cessait de regarder les cuisses dénudées de mon amie et ma poitrine. Elle a quitté l’association quelques temps après. J’ai fait la connerie de ne pas la suivre. Bah, je me suis dis que le pire était parti. Grossière erreur.