À propos

Et pourtant, elles jouent !  est un blog collaboratif qui a pour but d’offrir un lieu d’expression pour les femmes rôlistes de tout âge et toutes pratiques. Il propose entre autres des portraits de joueuses et de meneuses, ainsi que des témoignages sur le sexisme que l’on peut croiser dans et autour du jeu.

Quelques mots sur notre démarche…

Qui ça ?

Cédric, auteur
Côme Martin, rédac’ chef de Radio Rôliste
Eugénie, du blog JenesuispasMJmais
Gherhardt, podcasteur
Guylène, autrice et podcasteuse
Morora, du blog Suck My Dice

Pourquoi ?

Le point de départ pour le blog, ça a été la prise de conscience pour chacun d’entre nous de l’absence des femmes sur les réseaux rôlistes « publics » comme les forums, les groupes de discussions ouverts sur G+ et Facebook. Il y a un vrai intérêt pour les questions de sexisme ou des femmes en JDR (la place des créatrices, le terme de « joueuses », les illustrations dans les livres de jeu, etc.), mais malgré la multiplication des débats sur ces sujets, ils sont massivement menés et discutés par des hommes. Le souci de ce déséquilibre, c’est que la prise de parole des hommes occulte le ressenti et le point de vue des principales intéressées.

D’où l’idée d’ouvrir un espace dédié à la parole des femmes rôlistes, et de donner à voir quelque chose qui reste habituellement sous les radars. D’un côté des témoignages très concrets de ce que peut donner une expérience de fille ou de femme à une table de JDR ; et aussi, pour un versant plus positif, des portraits audios et écrits de femmes joueuses, meneuses et créatrices.

Les hommes ne sont pas au cœur du projet

Il est très important de souligner que l’idée de ce blog n’est pas de parler des hommes, et qu’ils n’en sont pas la cible non plus.

Nous ne parlons pas des agresseurs, mais du point de vue et du ressenti des agressées ; nous ne nous adressons pas aux agresseurs, nous ne demandons à personne de se positionner vis-à-vis d’eux, nous voulons donner à voir une parole qui ne s’exprime pas ailleurs. Pour que des joueuses sachent qu’elles ne sont pas isolées, pour que des joueuses et joueurs se reconnaissent éventuellement dans ce qui est dit et puissent en débattre ailleurs ensuite.

Pour une fois, les hommes sont en marge d’un projet, et c’est difficile à appréhender pour beaucoup, car ça n’est pas une situation ordinaire. Nous en avons conscience et nous espérons qu’un jour nous pourrons élargir ce blog et inviter les hommes à nous rejoindre et participer.

En attendant, avant chaque réaction que vous pourriez faire, avant chaque critique ou commentaire, il serait positif de se poser la question : suis-je en train de ramener l’attention sur mon expérience d’homme, mon point de vue d’homme, mon avis d’homme ?

Nous recevons aujourd’hui parfois des témoignages masculins de joueurs qui soulignent qu’ils sont des hommes, mais qu’ils ont tout de même un témoignage à apporter, ou une opinion à exprimer. Nous apprécions la démarche de s’intéresser à notre projet, surtout que ces témoignages sont souvent très intéressants, mais nous faisons pour l’instant le choix de ne donner la parole qu’aux femmes, et nous invitons les hommes à s’exprimer sur les autres plateformes dédiées, ou à nous mettre en contact avec les femmes dont il est question dans les expériences décrites. Car pour pouvoir atteindre un espace de parole mixte où les femmes se sentent aussi légitimes et aussi à l’aise que les hommes, il nous semble nécessaire de passer par une étape de création d’un « safe space ». C’est aussi pour cette raison que nous avons désactivé les commentaires sur l’ensemble du blog.

Nous avons un fil ouvert sur le forum Casus NO et sur le forum Courants Alternatifs pour d’éventuels échanges, commentaires ou réactions, car le blog lui-même n’est pas un espace de débats.

Inviter des femmes rôlistes à s’exprimer

Nous ne trions pas les témoignages, à partir du moment où ils nous sont envoyés par des femmes (quelles qu’elles soient), qu’ils évoquent des situations concrètes, vécues, personnelles. Nous les relayons dès que nous en avons suffisamment.

Il n’est pas évident de s’exprimer quand on est une femme, souvent moins évident que pour un homme. Par défaut et dans l’ensemble, nous [femmes] nous nous pensons timides, pas légitimes, d’autres vont le faire mieux que nous, nous n’avons rien d’important à dire, notre expérience compte peu, etc.

Nous ne pouvons pas inviter des femmes à s’exprimer en ajoutant des barrières à celles qu’elles ont déjà. Or, remettre en cause leur témoignage, les soupçonner de mentir, leur demander de prouver ce qu’elles ont à dire, c’est mettre des freins à leur expression. C’est déjà ce qui se passe ailleurs sur les réseaux et nous en avons fait le constat : elles n’y parlent pas.

Dans notre appel à témoignages, nous demandons explicitement des expériences non neutres car nous faisons le pré-supposé qu’être une femme dans notre société en général n’est pas une expérience neutre. Même chose à la table ou dans le milieu rôliste. Et nous avons mis l’accent sur des expériences négatives, parce que ce sont celles qu’on a tendance à minimiser ou s’auto-censurer spontanément.

Le JDR a une mauvaise réputation… pour les femmes

Nous ne prétendons nullement qu’il y aurait plus de sexisme dans le JDR qu’ailleurs, ou que le loisir conduirait forcément à des attitudes sexistes. Mais nous pré-supposons que ça n’est pas un loisir, un milieu, un contexte dont le sexisme est absent.

Les hommes peuvent reconnaître qu’ils n’ont pas vu ou reconnu de situations sexistes, mais il ne leur appartient pas de décréter qu’il y a ou pas du sexisme dans l’activité, ni en quelles proportions.

Un détail troublant qui revient souvent quand des femmes rôlistes évoquent de bonnes expériences, c’est « moi j’ai eu de la chance, ça s’est bien passé ». D’où l’on peut raisonnablement déduire que les femmes partent du principe que le milieu leur est globalement hostile, et que quand ça se passe bien ça n’est pas la norme, c’est qu’elles ont de la chance. Ce qui est déjà terrible.

Montrer ces choses-là et inviter les femmes à les dire ne va pas forcément arranger cette image au premier abord, mais de toute façon elle est là. A partir de là, nous aimerions faire passer le message aux joueuses qu’elles ne sont pas seules (même si elles sont la seule fille à leur table ou parmi leurs connaissances rôlistes), qu’elles ont voix au chapitre, que leur ressenti compte et leur voix peut être relayée, et nous espérons amorcer ainsi quelque chose de positif.

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