Psychée

Histoire de parler de fond et d’expliquer un peu l’importance du contexte, je vais commencer par soulever un point : la raison majeure au fait que les joueurs de jeu de rôle déclarent en général ne pas voir de situations sexistes ou discriminatoires de genre dans et autour de leurs parties de jeu de rôle tient sans doute avant tout au fait qu’ils ne sont pas des joueuses, pas plus en victimes qu’en témoins.

On pourrait croire que l’idée est un peu biaisée dans un monde moderne et contemporain ouvert, dans le cadre du JDR aux femmes… ce qu’il est hein, ne dressons pas un tableau trop grave de la réalité. Mais…

Pour expliquer le cadre contextuel par un exemple, j’ai 45 berges, je suis rôliste depuis que j’ai 11 ans, je suis transsexuelle et on m’identifie socialement comme nana depuis 16 ans. Avant l’an 2000, j’ai en 18 ans été témoin (et victime) directe de deux situation choquantes de sexisme (oui, on devine bien que j’adorais jouer des perso féminins, y avait une raison).

Malgré ma situation de genre compliquée, j’étais déjà féministe et très largement adepte de la cause LGBT. Je jouais surtout des personnages féminins, et souvent lesbiennes… ce qui m’a valu un harcèlement violent des personnages mais surtout des joueurs derrière, extrêmement mécontents que dans la campagne de JDR (Cyberpunk), je joue donc un personnage féminin non baisable et non draguable. Dans une autre campagne (Bloodlust), je recréerai le même concept général avec un personnage de guerrière farouche. Cela s’est terminé en viol collectif et torture. J’ai abandonné la table et les joueurs, avec fracas, après cette seconde expérience, retournant à mon autre groupe d’amis qui, bien qu’ayant quelques soucis avec les affaires de genre en JDR, étaient remarquablement respectueux du sujet. Le fait que y ait et une trans, et une fille dans le groupe complet devait aider à souligner les cas de sortie des garde-fou… ou alors ils étaient juste pas cons, simplement.

Après l’an 2000, j’ai été victime et témoin prise à partie directement d’une dizaine de ces situations dans le monde du JDR. Je pense que ce qui m’a le plus choquée furent deux expériences, une où je suis venue présenter un JDR amateur dans une convention, habillée comme j’aime à l’être, c’est à dire tailleur chic et jupe et où j’ai dû jeter deux joueurs, le premier qui a passé son temps à ma table de démo à faire des remarques déplacées et des allusions sexuelles sur ma tenue, suscitant l’hilarité de son pote, le tout sous le regard gêné des trois autres joueurs, dont une nana qui en avait eu les larmes aux yeux. Mon caractère de cochon et mon aplomb face aux connards aida à ce que cela ne finisse pas en pugilat. Car oui, le plus con des deux eut envie de me prouver sa force quand je lui dis d’aller voir ailleurs si j’y suis… Mauvaise idée face à une pratiquante d’arts martiaux qui n’a aucun souci à l’usage de la violence en cas de nécessité.

L’autre cas (je ne m’étalerai pas sur d’autres tout aussi choquants) carrément pas drôle et qui demande d’expliquer un peu le contexte fut une partie de JDR où un des joueurs fut choqué et outré que le groupe entier, avec bénédiction du MJ, me désigne comme leader de l’opération en cours dans la partie. Le joueur était rouge de colère, humilié d’être dirigé par, je cite « une putain de nana jouée par un (sic) putain de trans ». Il ne quitta pas la table de JDR mais s’évertua à foutre en l’air tout le scénario… jusqu’à ce que le MJ finisse par tuer son personnage, après des efforts diplomatiques énormes de sa part – et de la mienne : j’avais envie de lui faire bouffer ses dés et les moyens de mes envies.

Mais le plus notable a toujours été que dans ces cas, et dans d’autres, j’ai d’une part été témoin de ce qui arrive si on est un mec, ou une nana. J’ai été les deux, j’ai vu le changement radical parfois de regard et de relation. Mais j’ai aussi réalisé que le sexisme en JDR et autour du JDR, on ne le voit vraiment quand quand on en est la cible. Et forcément, un mec ne l’est pas souvent, il ne le verra donc que quand la situation dépasse un seuil de ce qu’il imagine acceptable, supportable, ou par diplomatie tolérable. Ce qui, parfois, ne l’est déjà plus.

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