Katia

J’ai d’abord connu le jeu de rôle grâce aux forums à mes onze ans. N’ayant personne autour de moi faisant du JdR papier, je me suis donc tournée vers un autre support pour incarner divers personnages. Je ne dirais pas que je n’ai pas ressenti un certain sexisme et que je ne vois pas de stéréotype de genre. Je suis toujours outrée de voir ces fantasmes autour du viol (et donc la banalisation du viol) que certains joueurs ont ou le peu d’importance donnée dans certaines intrigues aux personnages féminins sur certains forums. Pour certain(e)s, une femme forte et à la sexualité libérée est forcément mauvaise, arriviste… Ou une femme slave est très souvent une prostituée… Toutefois, la multitude de joueurs et le nombre de forums m’ont toujours permis de pouvoir éviter ces ambiances qui me semblaient dérangeantes. Ce qui a été plus compliqué en JdR papier.

J’ai eu ma première partie de JdR papier vers mes 21 ans. Nous étions 4 joueuses féminines (mes sœurs et moi) avec environ six garçons. Le MJ était un homme. Il était dérangeant d’écouter les relations entre certains anciens personnages de ces joueurs. Ceux jouant des femmes avant que nous n’arrivions jouaient forcément des « nymphomanes » (une femme à la sexualité libérée est forcément une salope, c’est connu !) ou avaient vu leurs personnages se faire violer et en riaient. Ces mêmes garçons ont pourtant été respectueux envers mes sœurs et moi autant en jeu que lors de nos multiples rencontres. Jamais un mot déplacé, une blague sexiste… Et pourtant, en l’absence de filles, la femme ne semblait être qu’un vulgaire objet.

Je crois que la plus mauvaise expérience lors de ces JdR venait du MJ.  Nos propositions de stratégies n’étaient JAMAIS écoutées, nous ne servions qu’à faire plante verte. Je jouais une femme au fort caractère. Dans un monde plus que patriarcal, on avait été d’accord avec le MJ pour qu’elle refuse de se soumettre aux hommes. Dès que j’ouvrais la bouche pour faire véhiculer les idées de mon personnage, ou m’opposer à des remarques « sexistes de PNJ », je me faisais reprendre car soi-disant je pourrissais l’ambiance et personne ne me demandait de donner mes opinions personnelles. Nous avons fini par abandonner ces JdR…

J’ai repris le JdR environ six mois après en commençant à sortir avec mon petit ami actuel. Ses amis autant que lui qui était MJ et avec qui nous faisons avec mes sœurs du RP depuis maintenant 4 ans, n’ont jamais ri du viol de femmes ! Ou ne nous ont jamais mises de côté car nous n’avions pas de pénis entre les jambes ou autres stupidités du genre. Lorsque la contrée que nous explorons en aventure se révèle avoir une politique patriarcale, le MJ ne nous empêche pas pour autant (si nous jouons des femmes) d’avoir notre place dans l’histoire qui se déroule et de nous faire un nom ! Joueurs comme joueuses sont sur un pied d’égalité : c’est le roleplay qui prime et non le genre du joueur ou du personnage. Les autres membres que nous avons intégré petit à petit à nos diverses parties (Within, Warhammer, Shadowrun, etc.) ne se sont jamais montré irrespectueux envers un personnage féminin ou une joueuse.

J’ai aussi découvert plus profondément l’univers des rôlistes papiers ainsi. Moi qui avais toujours entendu que les femmes étaient rares dans le JdR papier, j’ai surtout appris qu’elles se faisaient discrètes ! Et pour cause : les joueurs les plus idiots les draguaient, se moquaient de leurs personnages et j’en passe. De quoi préférer rester dans un cercle privé plutôt que de fréquenter les associations ! Je me souviens lorsque j’ai acheté le livre de règles de Shadowrun, la dernière version. J’étais à la caisse à discuter avec le vendeur de la boutique spécialisée quand un client est venu me faire une leçon sur le JdR que j’achetais. Sûrement l’avais-je pris dans le rayon car la couverture me plaisait. C’est le vendeur qui m’a devancé en lui disant que je savais ce que j’achetais.

Avec mon copain, nous avions aussi décidé de fréquenter les tables de JdR de magasins spécialisés. La première partie fut parfaite mais la seconde nous a déterminé (peut-être à tort ?) à ne pas revenir. Le MJ n’arrêtait pas de se dire féministe. Pourtant, dans ses sept prédéfinis de personnages, seuls deux étaient des femmes. Et leurs descriptions m’ont faite grimacer. Nous avions une guérisseuse mère de famille qui refusait de voir les gens souffrir ou une pirate sexy, croqueuse d’hommes et menteuse. La femme ne peut être qu’une mère ou une « garce ».

Je n’ai plus eu de problème de ce type depuis que je ne joue qu’en cercle privé mais j’aimerais faire réfléchir les joueuses et les joueurs des forums RPG sur le sexisme dans ce type de plateforme. Non, les RP ne sont pas que des mondes imaginaires. Sur un forum, on parle de communauté et l’écriture véhicule des idées et donc permet de les ancrer dans l’esprit collectif. Essayez de voir un peu plus au-delà du : « Je ne fais que jouer un personnage, c’est innocent ». Une femme slave n’est pas forcément une prostituée, une femme forte n’est pas une garce, une femme en difficulté n’a pas forcément à trouver un homme pour trouver le bonheur et j’en passe. Merci donc de réfléchir avant d’accepter ces stéréotypes qui, lorsqu’on y réfléchit fortement, ne font que montrer et renforcer les images dégradantes de la femme.

Melina

J’ai 13 ans quand j’essaie mon premier GN. Un typique médiéval-fantastique, qui se veut être un GN « éducationnel » pour éduquer les joueurs de demain. Je dis joueurs car, sur les 80 participants, il n’y avait que cinq ou six femmes. Je me rappelle qu’on m’a donné un rôle de soutien, une guérisseuse pour ces valeureux guerriers… On m’a dit que c’était plus facile. Des années plus tard (12 ans), je réalise que mon expérience dans le milieu du GN aurait pu être complètement différente sur quelqu’un m’avait dit : « Sois ce que tu veux être ! Une guerrière, une diplomate, une alchimiste ! Vas-y ! ».
Ce n’est que des années plus tard, vers 20 ans, qu’un organisateur me donne un rôle qui me valorise. Il a vu du potentiel où je n’en voyais pas. Mais les joueurs n’aiment pas les femmes qui jouent des rôles de pouvoir. Là où on aurait écouté un dirigeant, on n’écoutait pas son équivalent féminin. Et puis… j’étais toujours mise dans des situations de mariage et « d’accouplement ».
Des histoires de harcèlement dans ce milieu, je n’ai pas assez de doigts pour les compter. Organisateur qui me demande de coucher avec lui, en me promettant plus de points d’expérience. Joueur qui m’embrasse de force tandis que j’essaie de le repousser. Me faire traiter de pute par un mec, frustré que je le refuse parce que je suis en couple. Et une panoplie d’autres contes glauques…
Et pourtant, je joue encore. Mais maintenant, je me défends mieux, et j’essaie d’aider celles qui se retrouvent dans ce genre de situations.

Anonyme

Serial Gralistes – Épisode 5 , « Action humanitaire »
À l’époque, j’étais une des seules filles de mon association. Il y avait un garçon de mon âge qui était encore vierge. On m’a demandé très sérieusement si je ne voulais pas le dépuceler. Je leur ai expliqué très sérieusement que je ne faisais pas dans le bénévolat et que je ne faisais pas partie des Restos du Cul.

Anaïs

Sur un chan de JDR, j’annonce toute contente que je vais avoir un nouveau tatouage. Un joueur : « Non mais tu te rends compte que tu dénatures ton corps de femme ? », et après c’est le même type qui se dit féministe et qui adore les femmes… super.

Anonyme

Un jour, un rôliste faisant partie de mes contacts virtuels m’a abordée en privé, sans crier gare, et en ces termes :

« Salut, une question : ton mari t’a trouvée dans quelle boutique ? »

Interloquée, je réponds prudemment.

Quelques phrases plus loin, je découvre ceci :

« T’as été classée geekette super sexy. »

Complètement abasourdie, je demande :

« Parce qu’il y a un classement en plus ?

– Ah oui et t’es tout en haut. »

Mais ce n’est pas terminé. Suite de l’échange :

« Tu crois que sur les salons, les geeks plein de testostérone ne regardent pas les filles, ils ne font pas que jouer, tu sais.

– Je ne saurais dire. J’y vais principalement pour jouer et voir les gens que j’apprécie.

– Ben oui, et pas mal d’hommes dont moi t’ont déjà regardée

– Je ne vais plus oser me rendre en festival.

– Oh, tu vas t’offusquer parce qu’un tas de mecs te trouvent plus plus plus que sexy ? »

À ce stade, je ne sais plus quoi répondre.

C’est carrément malsain.

Et lui de conclure sur un :

« Bon ben en tout cas, on pourra pas avoir ton clone, va y avoir des déçus »

J’ai supprimé cette personne de mes contacts immédiatement, sur les conseils d’un ami. J’étais choquée, nauséeuse.

Après cette histoire, j’ai hésité un moment avant de remettre les pieds en salon…

Anonyme

Serial Gralistes – Épisode 4, « Haut les mains »

Dans les conventions que je fréquente, il y a un type que j’appelle en secret Le Tripoteur. Comme son nom l’indique, il tripote. Enfin, il ME tripote. Chaque fois que je le croise en convention, je dois l’esquiver parce que sinon, il se permet des contacts physiques déplacés à mon encontre.

Anaïs

Un jour, il m’a fallu intervenir en tant que MJ dans une discussion entre joueur, parce qu’un gars disait à un.e genderfluid : « Non mais tu es née avec un corps de femme, donc arrête de vouloir être autre chose, les ours polaires eux ne veulent pas changer de sexe ». Je suis intervenue contre ses propos gerbants, mais il a fallu que j’insiste très longtemps pour qu’il imprime que son avis on s’en cognait et qu’il avait juste à la fermer.