Anonyme

Une bonne vieille partie de JdR dans un monde fantastique. J’ai choisi de jouer une jeune femme qui, enfant, faisait partie d’une troupe de saltimbanques et cambriolait les maisons des riches bourgeois. À 11 ans elle s’est faite surprendre par le propriétaire d’une maison, un maître d’arme, qui l’a gardée comme élève. Il l’a élevée et entraînée de façon très stricte, afin qu’un jour elle puisse l’aider à se venger de ceux qui avaient assassiné sa femme et son enfant.

En cours de jeu il est question de la potentielle virginité des perso féminins. Pas celle des hommes, puisqu’il s’agit de savoir qui va coucher avec un grand méchant, hétérosexuel. J’explique que non, niet, mon perso est vierge et badass en combat, elle n’est pas du tout là pour coucher.

Réponse du MJ, qui est un bon pote en qui j’ai confiance, qui n’a pas du tout réfléchis au fait que c’était Lourd (le connaissant, s’il avait pris le temps de réfléchir il n’aurait jamais sorti une chose pareille) : « Oh bah non, ton perso a fait partie d’une troupe de saltimbanques jusqu’à ses onze ans ? Elle est forcément passée à la casserole un paquet de fois. Elle n’est pas vierge. »

Énorme malaise pour moi, même si personne à table n’a semblé le sentir. J’ai essayé d’argumenter puis, comme le MJ continuait à prendre ça à la rigolade en mode « passer à la casserole » j’ai laissé tomber, préférant qu’on passe à autre chose.

Il y a plusieurs niveaux de malaise :

* Dans un JdR avec des PJ entièrement créés par les joueuses et joueurs, tout à coup on m’explique que non, je ne décide pas du passé de mon personnage parce que c’est histo pour les filles saltimbanques de se faire violer. C’est un monde avec de la magie mais être histo c’est important.

* Je suis une femme à qui on impose d’avoir une perso de femme qui a été violée. En prime enfant, parce que la pédophilie c’est trop sympa dans un background. Sauf que le champ lexical utilisé normalise l’idée de viol. Genre à cette époque c’est bon, c’était la norme, c’est pas bien grave lolilol.

* Comme mon personnage a été forcée à se prostituer enfant, c’est bon, elle peut coucher avec un PNJ afin d’obtenir des informations. Alors que j’ai volontairement créé un PJ orienté combat, discrétion, ni joli ni intéressé par la romance ou la sexualité.

Je le répète : c’était une table composée de mes copains. Des gens pas du tout sexistes en théorie, qui seraient outrés qu’on minimise un viol ou la pédophilie, mais pour qui m’imposer un background de ce type ne posait aucun problème, sous prétexte que « ce n’est qu’une partie de jdr, c’est bon quoi, et puis c’est histo ».

Thalie

J’ai découvert le JDR vers 13 ans, grâce aux salons dédiés sur Caramail. J’ai tout de suite accroché. Quand j’ai voulu en faire en vrai, avec une copine, on nous a répondu que ce n’était pas « un truc de filles » et qu’on ne voulait pas de nous. Soit. Nous avons commencé à explorer l’univers du JDR dans notre coin. Je me suis aussi beaucoup investie dans le JDR sur forum, un monde nettement plus ouvert aux femmes.

Ma première partie de JDR, j’avais 17 ans, je crois. Ou 18 peut-être. J’avais fini par dégotter un rôliste qui avait accepté de m’inviter dans son groupe (avec beaucoup d’appréhension… la précédente tentative d’intégration d’un élément féminin s’était soldée par un échec).

On a joué à Warhammer et comme j’adore les Halflings, évidemment, c’est cette race que je jouais. J’ai très vite eu le droit à mon premier « Bon, t’es une fille, tu vas séduire les gardes ». L’absurdité de la scène – une minuscule halfeline tentant de draguer une montagne de muscles – m’a tout de suite frappée. J’ai émis des doutes sur la pertinence de la stratégie mais je me suis exécutée.

On m’avait prévenue que le milieu était macho, je n’étais donc pas surprise. Comme j’avais toujours préféré la compagnie des garçons, j’étais habituée à être la « fille » du groupe, avec tout ce que ça implique. J’ai donc usé de divers méthodes pour leur faire comprendre que non, je n’étais pas la prostituée de service, RP ou HRP. J’ai réussi à m’imposer sans peine. Je sais me faire entendre, heureusement.

Ma première convention s’est faite dans la foulée. Je me souviens de mon impression en arrivant. « Où sont donc les filles ? » J’ai fini par en trouver quelques unes. Pas tant que ça. Mais le problème n’était pas là.

Je me suis assise à une table de jeu et là, tout le monde m’a dévisagée. « Tu es sûre que tu es censé être là ? » ; « Je suis pas sûre que tu puisses jouer » ; « C’est ton copain qui t’a traîné ici ? » ; « Mais tu aimes vraiment le JDR ? » ;  un festival de questions idiotes. Et moi de répondre d’abord patiemment puis agacée que oui, j’aimais le JDR, j’en faisais déjà et que non, personne ne m’avait traîné, que non, ni F. ni P. n’étaient mes petits amis et que j’étais assez grande pour m’occuper de moi, merci bien.

Je me rappelle aussi qu’un joueur, après m’avoir demandé qui était mon copain, m’a soutenu que je ne pouvais pas avoir commencé le JDR seule, car j’étais trop jolie pour ça. Pour cet homme, une femme rôliste était soit une célibataire au physique ingrat en quête d’un copain, soit la petite copine d’un rôliste. Je ne me souviens plus ce que je lui ai répondu, probablement une remarque sarcastique quelconque. Mais cette remarque, je l’ai entendue plusieurs fois sous diverses formes.

Heureusement, au milieu de tout ça, j’ai rencontré quelques personnes géniales, dont certains sont devenus des amis proches. Mais mon sentiment, à l’issue de cette première convention, était que j’étais entrée dans un monde parallèle où les femmes n’étaient pas les bienvenues. Je ne pense pas que qu’ils repoussaient sciemment les femmes. Mais leur attitude avait de quoi décourager les plus timides voire toutes celles qui n’avait pas les mots pour justifier leur présence.

J’ai par la suite intégré divers groupes de JDR, j’ai continué à aller en convention. La population féminine allant croissante, j’ai cru que les rôlistes s’étaient enfin habituées aux femmes. Je subissais moins de réflexions stupides en convention, je me sentais moins comme une alien. Puis je suis passée de l’autre côté du miroir, je suis entrée dans l’organisation d’une convention.

Là, j’ai eu le droit à un nombre incalculable de remarques sexistes et lourdes. En effet, je me suis occupée du bar pendant quelques années, et les types venaient me parler de leurs exploits sexuels, réels ou supposés, alors que j’étais censé servir les autres festivaliers. Quelle joie d’entendre un type vous expliquer sa passion pour la spéléologie en milieu humide (vous comprendrez la référence) au milieu de 20 autres personnes qui écoutent et se retiennent de rire. Heureusement pour moi, j’ai pas mal de répartie, donc je n’avais pas de problèmes à les remettre à leur place. Mais dans l’idéal, je n’aurais dû avoir à le faire.

En devenant orga, j’ai aussi commencé à faire la promotion de mon loisir. Et c’est là que j’ai (re)découvert la mentalité déplorable de nombres de rôlistes. J’ai croisé par exemple une charmante demoiselle à qui l’on avait toujours soutenu que les femmes n’étaient pas censées maîtriser, car ce n’était pas leur place et qu’elles étaient nulles. D’autres m’ont assuré qu’en convention particulièrement, les hommes à leur table (qui souvent n’avaient pas réalisé que leur MJ serait une femme) remettaient systématiquement en question leur parole. On m’a parlé de commentaires sur le physique des joueuses. Commentaires que j’avais moi-même subi.

À force de me pencher sur la condition de femmes dans le JDR, j’ai fini par réaliser à quel point j’avais eu de la chance. Si j’avais subi des remarques désagréables, des tentatives de drague maladroites et insistantes, personne ne m’avait jamais forcé à jouer une scène que je refusais (au hasard, le viol de mon personnage). Personne ne m’avait agressé. Personne ne m’avait même touché.

Marie

J’ai découvert le JDR grâce à une amie, durant ma première année de fac (en 2010). Après une rupture difficile, j’avais besoin de changer d’air et elle m’a donc entraînée avec elle dans l’une des grosses assos (principalement étudiante) de la ville, avec l’idée de me faire rencontrer du monde.

Depuis, je fais un peu de JDR, toujours en tant que joueuse et j’aime vraiment beaucoup ça. J’ai même un peu fait de GN. Même s’il y a eu des expériences plus agréables que d’autres, j’ai eu la chance de ne jamais subir de situations aussi extrêmes et désobligeantes que celles que j’ai pu lire sur ce site.

La chance ?

Non. A bien y regarder, je me rends maintenant compte que j’ai toujours été très bien protégée. Dans cette asso, mon amie m’a guidée et menée vers des MJ qui étaient des gens bien, qui s’entouraient eux-mêmes de joueurs très agréables. Rapidement les parties ne se faisaient plus dans les locaux de l’asso, mais dans des appartements privés et j’ai ensuite surtout joué avec des amis ou des amis d’amis.

Mais il y a tout de même quelque chose que je voudrais partager ici. Je me souviens très bien qu’à l’association, tout se savait. Nous étions assez nombreuses à constituer la gente féminine, et chacune savait pertinemment quel mec était un gros lourd, lequel était un tripoteur, quel MJ était mal à l’aise en présence d’une femme, bref, qui était abordable et qui il valait mieux éviter. La plupart des hommes gravitant dans l’asso étaient aussi assez bien informés de ça. La question que je me pose aujourd’hui, c’est celle-ci : pourquoi on les laissait faire ? Qu’est-ce qui arrive quand une fille débarque là et tombe sur l’un d’entre eux sans être prévenue à l’avance ou protégée par quelqu’un ? Pourquoi personne ne les remettait à leur place tout en sachant pertinemment qu’ils dépassaient les bornes ?

Je regrette amèrement d’avoir détourné les yeux comme tout le monde.

Anonyme

[TW viol, violence sexuelles, sexisme]
J’ai 20 ans lorsque j’écris ce témoignage et j’en avais 16/17 lorsque ma pire expérience de JdR est arrivée.
Mes débuts dans le monde du roleplay datent de mes années collèges et j’ai pu expérimenter mon premier JdR papier lorsque j’ai obtenu mon brevet. J’avais donc de l’expérience dans le domaine lorsque, à un séjour dans un chalet avec des connaissances et mon petit ami de l’époque, l’organisateur se propose pour faire le MJ. Nous étions entre fans de My Little Pony: Friendship is Magic, l’univers se porta donc sur celui du dessin animé, même si nous nous doutions que nous n’allions pas nous restreindre sur les insultes ou les blagues graveleuses.
Je décide donc de faire une pégase nommé Iron Wrench, seul personnage féminin du groupe. Ce sera l’experte en tout ce qui touche le bricolage, la réparation et malgré qu’elle ait un caractère bien trempé, ce n’est pas non plus une bagarreuse. Dans l’équipe, nous avions aussi un cliché du cool kid des années 90 (joué par mon ex), un barde qui chante mal, un guerrier qui a la trouille du sang et un docteur assez cynique (à la Dr. House). Au vu de l’équipe, on nous promets donc un RP assez fun et qui est très loin d’un univers grimdark. Nous avions tous un objet magique que l’on pouvait choisir, j’ai donc décidé que ma Iron aurait une boite à outil qui ferait apparaître ce qu’elle avait besoin.
Le RP commence par une mise en contexte : nous devions chercher une relique dans une montagne perdue. Dès le premier combat, le MJ montre enfin ses intentions puisque dès mon premier échec de dés est une tentative de viol… On joue depuis même pas 5 minutes et mon personnage se retrouve déjà résumé à son vagin. Heureusement, un jet bien placé permet à mon perso de se défendre et de défoncer son agresseur. Nous avançons dans l’histoire, le MJ met en place un système de temps qui fait que l’on se retrouve assez rapidement en pleine nuit. Avec les autres joueurs, on décide de faire des tours de gardes et mon perso commence à dormir profondément. Le poney qui était censé surveiller les alentours s’endort suite à un mauvais jet et des griffons s’approchent du campement. Nous faisons tous des jets de dés et je me retrouve avec un échec critique… Et le cauchemar commence. Un des griffons se ramène vers mon perso et commence à la violer. Le MJ décrit de manière beaucoup trop précise la scène, se réjouit de chacun de mes échecs pour me défendre et je suis bouche bée, ne sachant pas comment réagir. J’avais la sensation d’être en dehors du jeu, vraiment pertubé·e, tandis que je « vois » mon personnage entrain de subir des trucs sordides. Je crois qu’il était même question de sodomie, mais je ne suis pas sûr·e. Les autres se réveillent évidemment en voyant la scène, et le médecin fait trois jets afin de savoir si il réussit à envoyer un tranquillisant : la dose, le lancer et le contenu. Réussite, réussite, échec. Au lieu d’avoir un tranquillisant, c’est un excitant, ce qui fait que le MJ commence à entrer dans  des détails encore plus sordides. Me voila à 16 ans en train d’imaginer mon personnage se faire violer si profondément que son vagin s’en retrouve presque à l’extérieur.  Je n’ai jamais aussi bien joué mon personnage qu’avant car j’étais tout aussi pertubé·e que ma pauvre Iron.
La suite résume tout aussi bien le sexisme du MJ. Après que le médecin m’ait vraiment bien soigné (merci sa chance), mon perso est obligé de se reposer, complètement traumatisée. Peu de temps après, une espèce de plante carnivore et se pointe et… avale mon perso (évidemment). Il a fallu que ça soit les AUTRES qui sortent mon personnage de là car le MJ refusait qu’elle se réveille. Je n’avais pas de chance certes avec mes dés, mais au bout d’un moment, si il voulait vraiment que je joue, il m’aurait fait une faveur, surtout après ce que je venais de subir. Et le RP s’est terminé sur mon perso (ENCORE) qui se fait capturer après un échec à la con de dé et j’ai passé littéralement le reste de la partie à devoir regarder les autres jouer. C’était très vicieux car plutôt que de me dire que je ne pouvais pas m’échapper, le MJ me laissait des pseudos chances de m’en sortir (yay je peux totalement m’échapper avec le corps ligoté, dans une cage et avec des murs qui se referment rapidement sur moi, quelle personne généreuse !).
Il m’a fallu quelques temps avant de réaliser le concentré de sexisme et de culture du viol que cette partie était. Elle m’a tellement traumatisé·e que j’avais du mal à vouloir rejouer, craignant que cette situation se reproduise. Heureusement, j’ai pu me trouver des rôlistes safe qui eux-mêmes étaient choqués par cette expérience, affirmant que c’était un très mauvais MJ. J’ai pu même me refamiliariser avec l’univers post apo en utilisant le même personnage mais en humaine, qui était vraiment considérée comme un personnage à part entière, finissant même à la tête d’un village de raider à la fin.
Ce fût très dur de remuer tout ça, surtout qu’avec le recul, j’aurais juste dû me barrer mais je ne pouvais pas. Je ne réalisais pas à quel point c’était une partie malsaine et misogyne. Mon copain de l’époque m’a même avoué que lui aussi cette partie l’avait mit mal à l’aise pour moi et je ne serai pas étonné·e que les autres participants réagiraient pareil.
 Le pire, c’est que le MJ à même osé me sortir que « c’est pas de chance, c’est tombé sur toi alors que je voulais le faire sur un des persos gars du groupe », ce qui puait déjà l’excuse bullshit à plein nez car seul mon personnage avait eu ce rapport au viol mais en plus sous-entendait que le viol masculin était tout aussi LOL.
Je n’ai plus eu de contact avec cette personne depuis.

Portrait : Adrienne

EPEJ : Comment as-tu découvert le JdR ?

Adrienne : Comme indiqué sur le blog Mémoires de rôlistes j’ai découvert le JdR grâce aux jeux vidéos Baldur’s Gate et Baldur’s Gate II, d’abord en lisant les solutions dans le magazine PC Soluces puis en surfant (avec mon modem 56k) sur les forums consacrés aux jeux. Grande lectrice et amatrice de contes, légendes, livres en général et passionnée d’histoire, le JDR m’a permis de découvrir un grand nombre de références culturelles et historiques, par frottement avec la “culture rôliste” (Tolkien, Le Guin…) ou pour approfondir mes connaissances afin d’interpréter un personnage (notamment en ce qui concerne les personnages du “Livre des Cinq Anneaux” où mon intérêt pour les cultures et littératures asiatiques a grandi en même temps que ma connaissance de l’univers de L5A et d’autres jeux inspirés par l’Asie). J’avais également des dispositions car j’ai toujours aimé raconter des histoires et j’utilisais déja ma collection de Playmobil pour vivre et raconter des aventures romanesques et extraordinaires. Je voudrais saluer également l’influence du site “L’archiviste Warhammer” dont les articles sur les “Royaumes Oubliés” m’ont permis de mieux comprendre l’histoire et la géographie des lieux des romans que je lisais (car les romans TSR, bien que souvent mal écrits, sont un de mes plaisirs de lecture). La lecture du “Gouffre Maudit” de Loup Solitaire à été aussi une révélation vers 10 ans, soit 2 ou 3 ans avant que je commence à jouer, et même si dans mon esprit le Seigneur Kaï que nous incarnons est une Dame/Maîtresse Kai.

Ma famille jouait assez peu aux jeux de société, et j’ai grandi quasiment comme une enfant unique à cause de la différence d’âge importante avec mes frères donc mes souvenirs de parties de jeux de société sont rares et surtout dus à mes cousins et cousines ou amis et amies . Je pense toutefois que ces souvenirs agréables ont préparé le terrain pour ma pratique des jeux de toutes sortes (plateau, cartes, rôles, jeux d’adresse…).

 

EPEJ : Tu évoques le plaisir de lecture que provoquent les romans de TSR chez toi tout en reconnaissant leur médiocrité littéraire. Qu’est-ce qui fait que tu les apprécies malgré tout ?

A : Je pense que c’était en partie un succédané au jeu de rôle qui me permettait d’arpenter en lisant l’univers des Royaumes Oubliés quand je ne connaissais pas le jeu de rôle ou ne pouvait pas jouer faute de groupe ou d’envies des personnes avec qui jouer. Cependant certaines séries sont intéressantes à suivre et agréables à lire dans les conventions du genre (séries d’Elaine Cunningham, “Les Frères de la Nuit” de Scott Ciencin…) de même que certains romans. Relire un des ces romans me replonge également dans l’état d’esprit de mon adolescence, dans une certaine mesure, ce qui est en général agréable.

 

EPEJ : L5A propose un cadre social très contraignant et est un décor de jeu très codifié. La vérité y importe peu, les PJ sont écrasés par la hiérarchie, les us et coutumes nous prennent souvent à rebrousse-poil… Qu’est-ce qui fait, selon toi, que nous sommes tout de même fascinés par Rokugan, qui est tout sauf un univers de jeu reposant ?

A : C’est une bonne question car effectivement les personnages sont contraints par les us et coutumes, la hiérarchie, la politique des clans. Cependant, je pense que l’attachement à L5A tient à l’identification aux valeurs d’un des clans qui donne aux joueurs et aux joueuses le sentiment d’appartenir à ce clan comme le font leurs personnages. On peut y voir à mon avis l’influence du jeu de cartes à collectionner qui encourage une certaine identification de fan. Les enjeux deviennent alors en partie personnels ou prennent de l’épaisseur par rapport à d’autres jeux (exception peut être d’autres jeux à clans comme ceux du Monde des Ténèbres dont la sociologie des joueurs et joueuses est sûrement semblable). Malgré les stéréotypes des clans, il est possible et même souhaitable d’imaginer pourquoi et comment des personnages s’intègrent dans leur clan et intègrent ses valeurs, ainsi que comment ils et elles concilient leur individualité avec ces règles et attentes (d’où l’intérêt aussi du fameux “Game of 20 Questions” à la création de personnage). Personnellement je me reconnais tout à fait dans le clan de la Licorne et son “étrangeté” relative par rapport à la société rokugani, dans son goût pour les voyages et les rencontres avec l’étranger (voire l’étrange en ce qui concerne les Naga), dans la personnalité des fondateurs et fondatrices des familles qui ressemble en partie à la mienne (approche diplomatique de la famille Ide et ses Techniques au noms si évocateurs comme “The Heart Speaks”, ”The Heart Listens” notamment ou expérimentations magiques des Iuchi…)

Il est possible que ces conventions sociales encouragent les joueurs et joueuses à privilégier les moyens de résolutions de conflits ou la poursuite de l’intrigue par des moyens non-violents, ce qui est plutôt soutenu par le système de règles (mortalité du combat, rareté des soins magiques…). Le recours aux armes est plutôt cantonné aux contextes du duel ou de la bataille rangée, ce qui est encore une fois en phase avec le genre.

 

EPEJ : Si tu n’avais pas rencontré le JdR dans ta vie, quel autre loisir aurait pris sa place dans ta vie ?

A : Je suis quelqu’un de timide et je l’étais encore plus enfant et adolescente, où c’était maladif (agoraphobie, crises de panique lors des prises de parole en public…). Mes loisirs étaient et sont encore essentiellement des loisirs de “nerd” comme la lecture et le cinéma, mais je ne crois pas que j’aurai pu trouver un autre loisir qui me convienne aussi bien que le JDR.

 

EPEJ : As-tu le sentiment que le JdR t’ait aidé à accepter ces peurs ou bien au contraire que c’était un exutoire pour y échapper ?

A : Oui ce fut largement le cas, d’ailleurs c’était très gratifiant de voir que ce que j’écrivais était lu et apprécié par les autres joueurs et joueuses ou même ceux et celles qui ne jouaient pas directement avec moi sur des forums. J’ai vraiment pu “exister” socialement et particulièrement en tant que fille comme je ne le pouvais pas à l’époque dans la “vie réelle” en dehors de mon ordinateur. Toutefois j’ai toujours été plus à l’aise à l’écrit qu’à l’oral et c’était sans conteste un exutoire également, surtout à l’époque où j’ai connu un harcèlement quotidien à l’époque du collège.

 

EPEJ : Existe-il d’autres joueuses dans ton entourage ludique ?

A : Actuellement j’en ai rencontré deux et grâce au forum Casus NO, j’en connais quelques autres en ligne mais en personne je n’ai rencontré que très peu de joueuses. Lorsque j’ai commencé à jouer et surtout à maîtriser, la vendeuse de la boutique que je fréquentais a été une influence très positive et une amie pour moi dans un milieu où les femmes et les jeunes filles étaient peu présentes à l’époque (environ en 2000-2006). Par la suite, j’ai rencontré peu de joueuses, mis à part en ligne où leur fréquentation m’a aussi permis d’expérimenter avec mon identité féminine pendant l’adolescence. Voyant que je jouais un personnage féminin, certaines me confiaient des détails de leur quotidien de femme/jeune fille qu’elles n’auraient peut être pas confiés à des joueurs masculins qu’elles ne connaissaient pas vraiment bien (anecdotes de parents, angoisses sentimentales, problèmes de santé…)

 

EPEJ : Quand tu parles d’expérimentation avec ton identité féminine, est-ce à dire qu’entre autre, tu jouais des personnages féminins pour tester ta “légitimité” sexuelle ?

A : Je ne pense pas que cette légitimité était uniquement, ou même principalement sexuelle même si j’étais curieuse à ce sujet comme l’immense majorité des adolescent.es. Frustrée d’avoir été exclue de facto par les filles et par leurs parents des jeux entre filles, anniversaires et autres activités genrées vers l’âge de 10 ans brutalement, j’ai toujours souhaité retrouver une intimité (généralement non sexuelle) avec des filles ou des femmes d’où il me semblait avoir été arrachée brutalement et sans raison autre que les convenances ou l’hypothèse d’agressions sexuelles qui existaient seulement dans l’esprit de parents inquiets et rétrogrades. Le personnage d’Hadrien dans “Les Mémoires d’Hadrien” évoque d’ailleurs un sentiment similaire dans le magnifique livre de Marguerite Yourcenar. Cela dit, j’ai interprété des personnages homosexuels et hétérosexuels pendant plus ou moins longtemps et parfois en couple, d’une certaine façon c’était aussi un “terrain de jeu” pour explorer ces questions, d’autant plus que l’homosexualité et la sexualité en général étaient assez taboues dans ma famille.

 

EPEJ : Quels jeux maîtrises-tu en ce moment ?

A : Rêve de Dragon, ce jeu superbe et si évocateur malgré sa lourdeur éventuelle si on s’attache à utiliser toutes les règles. Je viens de recommencer suite à une demande de formation de groupe en ligne il y a quelques semaines et, malgré le trac, c’est très enrichissant et j’ai réellement l’impression de participer à une activité créative et créatrice, ce qui est fondamental pour moi. Je compte bien maîtriser d’autres jeux maintenant que j’ai le sentiment d’avoir retrouvé confiance en moi après des années d’angoisse liée au trac et à quelques mauvaises expériences de jeu.

 

EPEJ : La création semble importante à tes yeux. Qu’est-ce qui fait que tu t’éclates avec RdD qui propose des règles très cadrées et des scénarios très scriptés (avec une solution possible et pas toujours logique si on n’est pas Denis Gerfaud) ? N’es-tu pas attirée par des jeux à narration partagée où tu pourrais plus facilement exercer ton imagination en influant sur le contexte autant que l’intrigue ?

A : C’est principalement l’univers qui me plaît dans RDD plutôt que les règles. Je suis tout à fait attirée par les jeux à narration partagée comme l’excellent Night Witches ou des jeux comme Oltréé ! mais je n’ai pas encore eu l’occasion d’y jouer, tout au plus de les lire.

 

EPEJ : Joues-tu avec un groupe régulier ?

A : En dehors de ma partie de Rêve de Dragon et d’une série de parties estivales qui m’ont réconciliées avec le jeu “en personne” (merci aux membres du “Dé à π faces”) je n’ai pas de groupe régulier actuellement. J’aimerai en former un et j’aurai peut être l’occasion prochainement.

 

EPEJ : Y’a-t-il un réseau rôlistique au Luxembourg ou bien faut-il sortir du Grand Duché pour jouer ?

A : Grâce à Casus NO j’ai connu quelques rôlistes à Luxembourg. Il y avait bien quelques groupes qui jouaient à Warhammer il y a quelques années mais ils ne recrutaient pas, autant que je sache, et la communauté qui utilisait notre boutique de jeu de rôle locale connaissait tout au plus la petite annonce sur le coin du tableau. J’espère que les choses changeront et que notre petite communauté rolistique pourra éclore et se développer. Les différences de maîtrise des différentes langues du pays et les préférences linguistiques, qui pour le français, qui pour l’allemand, l’anglais ou le luxembourgeois influencent aussi les disponibilités des joueurs et joueuses. Il existe cependant probablement des joueurs et joueuses qui utilisent Internet pour former des tables internationales et plus encore qui découvrent et pratiquent le JDR en dehors des frontières du Grand Duché lors de leurs études universitaires en France, Allemagne, Belgique ou au Royaume-Uni notamment. Jusqu’a récemment, l’expatriation était quasiment un passage obligé pour poursuivre des études après le lycée à Luxembourg.

 

EPEJ : Parles-tu de JdR sur ton lieu de travail ou avec tes collègues ?

A : Comme je travaille dans le milieu de l’éducation, j’ai eu plusieurs fois l’occasion de parler des bienfaits du jeu et du jeu de rôle dans l’éducation et le développemment des enfants et adolescent.es ainsi que des adultes. Je crois profondément au JDR en tant qu’ouverture culturelle et amplificateur d’empathie pour les autres, de même qu’en ses capacités transformatives dont j’ai une expérience personnelle. Cependant, jusqu’à maintenant, mes collégues étudiant.es ou professionelles n’ont pas été tentées de faire un essai.

 

EPEJ : Comment le JDR t’a conduit à t’intéresser à la pédagogie ?

A : Je pense avoir toujours eu une certaine disposition à aider les autres en classe, à m’intéresser aux cours et j’étais bonne élève dans les matières où il n’y avait pas de mathématiques. Cependant, découvrir le jeu de rôle et vouloir expliquer les règles de jeux comme AD&D2 ou Shadowrun a donné une nouvelle dimension à cette disposition tout en me réconciliant d’une certaine façon avec les mathématiques dans une certaine mesure (probabilités, pourcentages, calculs de la CA et du THAC0). En ce qui concerne l’interprétation des personnages, j’ai plaisir à incarner des personnages qui enseignent aux autres et surtout ceux et celles qui développent une relation de tutorat (possibilité de former des apprenti.es pour les magicien.nes dans AD&D2 , rôle particulier du sorcier et de la sorcière  dans Al-Qadim qui doivent en théorie partager leur savoir avec des apprenti.es…). J’aime également constituer le grimoire des personnages au gré des rencontres et des événements de jeu. Les moments de jeu où j’ai pu mettre en place et interpréter cette relation de tutorat font partie de mes meilleurs souvenirs de jeu, et je suis sûre que l’expérience (c’est le cas de le dire ;)) acquise m’a incitée à vouloir faire de même en dehors de ces mondes fantastiques et ainsi à choisir cette orientation professionnelle.

 

EPEJ : Conseillerais-tu la pratique du JdR à un adolescent qui se pose des questions sur son identité de genre ?

A : Oui absolument. À mon sens, c’est la meilleure façon d’expérimenter avec son identité mouvante et multiple, d’autant plus qu’on est une personne transgenre. Dans de bonnes conditions et avec un groupe ouvert et empathique, ça me semble un lieu d’expression et d’imagination idéal ou la violence verbale, physique et psychologique est, sinon absente, bien moins présente. Je pense toutefois que, suivant l’expérience de vie de chacun.e, d’autres formes d’expérimentations avec l’identité de genre comme le port de vêtements associés à l’un ou l’autre genre ou la participation “transgressive”(et souvent libératrice) à des activités connotées par genre (bien qu’idéalement aucune ne devrait l’être) font nécessairement partie de ce questionnement singulier.

 

EPEJ : Es-tu créatrice de JdR en plus d’être consommatrice ?

A : Non mais j’aimerais l’être, si toutefois mes idées sont suffisamment bonnes, et j’essaierai sûrement d’écrire un scénario pour l’excellent “Te Deum pour un massacre” prochainement.

 

EPEJ : Est-ce que tu te retrouves dans la production actuelle, du point de vue du genre, aussi bien dans les illustrations que dans les textes ?

A : Je suis sensible à l’inclusion de personnages féminins qui se démarquent des stéréotypes, et à celle de personnages transgenres. Aux illustrations également, même si je ne me souviens pas avoir vu d’illustrations vraiment outrancières de ce côté là (demoiselle en détresse, chainmail bikini ou autres…). J’ai l’impression que, conformément à ce qui passe dans les sociétés “occidentales” dont sont issus l’essentiel des joueurs et joueuses, les auteurs et autrices de jeux se posent de plus en plus la question de l’inclusivité de leur production et de sa réception (ainsi la fameuse mention de l’identité de genre dans D&D5 est bienvenue et s’est longtemps fait attendre, mais elle est là !). Ce questionnement n’aurait probablement pas eu autant de retentissement sans certaines productions indépendantes ou les travaux d’Avery Alder et Jason Morningstar entre autres et leur volonté de questionner le statu quo comme la littérature ou la théologie féministe l’ont fait en leur temps et le font encore actuellement.

 

EPEJ : Quel est ton JdR préféré ?

A : C’est une question très difficile, notamment car les JDR que j’ai pratiqués longuement (AD&D2, Shadowrun 3, L5R 1e, Hunter: The Reckoning…) sont indissociables de tant de souvenirs de mon enfance et adolescence. Je citerai cependant l’excellent “Al-Qadim” éternellement lié pour moi à mon amitié en ligne avec un jeune pakistanais pendant la Seconde guerre d’Irak, “Te Deum” le superbe fruit du travail de Jean-Philippe Jaworski, Hunter: The Reckoning pour son mélange de vie quotidienne et d’exaltation religieuse ou mystique et Mummy: The Resurrection ainsi que Changeling: The Dreaming pour leur vision plus optimiste du World of Darkness et leur côté magique ou féérique. Je rajouterai également “Northern Crown” et sa réinterprétation fantastique de l’histoire américaine, à la fois réelle et mythique. “Werewolf : The Forsaken” est également un des jeux qui m’a le plus marqué à la lecture et un des rares dont je possède l’intégrale de la gamme ; Ses thématiques autour des esprits , de la parenté et de l’écologie me touchent profondément.

 

EPEJ : Al-Qadim et ton amitié en ligne avec un jeune pakistanais pendant la Seconde guerre d’Irak ? Kamoulox ?

A : J’ai rencontré un jeune Pakistanais un peu plus âgé que moi sur un forum consacré à AD&D2 et nous avons sympathisé notamment autour d’une partie d’Al-Qadim à deux comme j’étais l’une des rares personnes à vouloir jouer dans un univers orientalisant. C’était peu avant le début de la Seconde Guerre d’Irak, et sa proximité avec le conflit (coupures de courant, accessibilité…) m’a fait prendre conscience du conflit d’une manière inattendue et unique,plus marquante encore que l’actualité que je suivais régulièrement.. Juste pour rire, j’ai le souvenir par exemple de certains forumistes nous envoyant des messages insultants du type “Terroristes ! Vous jouez à “Al-Qaeda” ! J’appelle le FBI !” à l’époque troublée des “Freedom Fries” et de l’”Axe du mal”.

D’ailleurs à ce sujet, je suis convaincue que c’est l’étude approfondie des questions religieuses, panthéons et autres dans les jeux de rôles qui a déterminé mon orientation universitaire en sciences religieuses, même si d’autres facteurs (éducation familiale, expériences religieuses…) ont joué un rôle également.

 

EPEJ : Qu’est-ce qui te fera arrêter de jouer au JdR, le moment venu ?

A : Je crois sincèrement que je n’arrêterai pas de jouer au JDR, à moins d’en être complètement empêchée par la maladie. J’espère en tout cas y jouer le plus longtemps possible.

 

EPEJ : En plus du JdR, pratiques-tu des activités connexes comme le GN ?

A : Je n’ai jamais pratiqué le GN mais j’ai pratiqué ou pratique encore les différentes activités connexes du hobby (peinture de figurine, jeux de cartes à collectionner, jeux de plateau… ). Je crois que la “culture rôliste” faite de différentes influences est une réalité et j’aime m’y intéresser, même si je ne peux connaitre tout ce qui la constitue. Les quelques expériences théâtrales que j’ai faites pendant mes études secondaires puis à l’université m’ont également permis de mieux vivre cette timidité ,l’expression corporelle et tout ce que le théâtre implique. Je pense que c’était en partie dû à mon expérience du JDR également qui facilitait le fait de se projeter et d’incarner un personnage. J’ai eu l’occasion de jouer certains rôles shakespeariens (dans des productions amateurs et scolaires bien sûr !) qui m’ont marqués comme Prospero et Malvolio ,mais je regrette de ne pas avoir eu l’occasion d’interpréter des pièces shakespeariennes mettant en avant l’aspect queer- et trans-friendly des pièces du Barde de Stratford comme “Comme il vous plaira” ou “Le Marchand de Venise” à travers des personnages comme Viola (“Je suis toutes les filles de la maison de mon père”) ,Portia,Antonio ou Bassanio. . Peut être en aurais-je l’occasion ?

 

EPEJ : As-tu été confrontée à des comportements sexistes dans le monde du jeu ?

A :  Je n’ai pas beaucoup d’anecdotes mais je me souviens de ma 1e convention alors que j’avais 17 ans. Je m’inscris à une partie de L5A et choisis un prétiré féminin (qui était aussi dans le cliché « Je suis une fille donc je soigne » mais les autres m’interessaient encore moins) pour un scénario classique type ‘enquête au château ». Le MJ refuse car jouer un personnage féminin quand on est « pas une fille » c’est être « un pervers ». Je suis choquée mais bon personne ne réagit alors je change de personnage pour le même au masculin. Mal m’en a pris car entre les insinuations du MJ et le scénario mal construit et presque sans discussions avec les PNJs qui sont c’est bien connu « pour les pédés » (dans un scénario d’enquête !), je n’ai pas pris plaisir à jouer du tout et j’ai fini par quitter la table après trop longtemps…Et en plus le MJ m’a reproché de n’avoir pas aimé son scénario !

J’ai aussi connu des MJ qui ne pouvaient voir les personnages féminins qu’à travers leurs fantasmes sexuels : une fois à BESM le MJ nous dit à la création « Dans mon univers, tous les personnages féminins sont des catgirls donc sexy et soumises à un maître. Elles portent toutes un uniforme de soubrette avec un collier à grelot…. » J’ai choisi un personnage masculin, mais à la fin de la création, je suis partie. C’est une des raisons pour laquelle je n’aime pas BESM en plus du système, même si jouer une catgirl dans d’autres circonstances ne serait pas un problème

Une autre fois à Star Wars, je veux jouer une Twi’lek chevaleresse Jedi dans une campagne autour de l’Académie Jedi. Je crée le personnage mais le MJ me dit « Ah mais c’est une Twi’lek donc « forcément » une « ancienne prostituée séductrice et sexy » . Là encore pas de réactions mais j’étais plus âgée donc je lui dis le fond de ma pensée et je lui montre le livre de règles (la description disait quelque chose comme « Les Twi’leks sont très sociables et adaptables, beaucoup ont une âme d’artiste ») avant de quitter le groupe sous les plaisanteries des autres membres qui en rajoutaient avec des “N’oublie pas de mettre des points dans “Profession : Prostituée”…!

La seule fois où j’ai vraiment senti un danger d’agression sexuelle c’est quand je me suis inscrite au club de JDR de la fac pour une initiation à Ars Magica. Là le président (une bonne cinquantaine d’années dans un club d’étudiant.es sans être étudiant ou professeur) et futur Conteur discute avec moi et une autre fille et 5 minutes après nous propose une création de persos seules chez lui le soir avec force regards lubriques…On s’est regardées et on s’est inscrites pour du Delta Green !

Anonyme

Je joue depuis toute petite, j’ai d’abord commencé avec mon père et mes frères et sœurs, puis avec des amiEs. Même lorsque j’augmentais mon cercle de joueurs(ses), j’étais rarement la seule fille. Un ami d’une amie m’a proposé une place à sa table, et j’ai bien évidemment accepté, étant à la recherche d’une campagne. Je crée un personnage, une jeune fille de 21 ans, coincée dans un corps d’enfant, remplie d’espoir et de soif de voyages, ayant un lien très fort avec les dieux. Le MJ semble ravi de ce personnage et des relations entre les personnages du groupe que ça produirait. Au début, tout semble aller bien, mon personnage est certes traitée comme une enfant, mais au vu de son apparence, c’était à attendre et après avoir fait un peu ses preuves, son avis est pris en compte.
Mais alors que nous étions en train de visiter une ville remplie de morts vivants, le MJ force mon personnage et un autre (adulte) à avoir des relations sexuelles. Rien ne justifiait ça. Il y avait certes un charme dans les lieux, mais qui ne pouvait pas aller à l’encontre de la morale d’un personnage. Mon personnage n’avait jamais envisagé de coucher avec cet autre personnage. Et cet autre personnage non plus, n’étant pas un pédophile. Mais mon MJ l’a fait juste pour son bon plaisir, insistant sur le fait que mon personnage était consentant et qu’au vu de l’univers ça aurait dû arriver avant. Il était à fond dedans et ajoutait des détails très graphiques alors que le reste de la tablée était muette. La séance d’après, pour rire, il demande à voix haute si mon personnage ne tombait pas enceinte.
J’en ai discuté par la suite avec d’autre joueurs de la table qui l’avaient vécu comme l’assouvissement d’un fétichisme de mon MJ. J’ai appris par la suite qu’il avait harcelé sexuellement d’autres joueuses.
J’ai aussi eu le cas de joueurs disant ne pas être sexistes parce qu’ils jouaient des personnages féminins. Il s’agissait d’allumeuses à talons hauts. Systématiquement.

Anonyme

Je m’appelle L., j’ai 30 ans, et je découvre tout juste le jeu de rôle. J’ai plutôt l’habitude de jouer aux jeux de plateau, mais l’idée de découvrir les jeux de rôle me trottait dans la tête depuis longtemps. Malheureusement, mon partenaire et moi-même habitions dans une zone rurale, où il était compliqué de rencontrer d’autres joueurs. Nous avons déménagé dans une ville où existe une association de joueurs de jeux de plateau/jeux de rôle. Toute contente, je me lance ! Première partie de ma vie : un MJ et cinq hommes, je suis donc la seule femme. Je déchante très vite : toutes les femmes du jeu sont présentées par le MJ soit comme des « connasses », des « simplettes », des « bonnasses », des « chaudasses », ou un peu tout ça à la fois… Dès qu’une femme PNJ entre en jeu, les autres joueurs s’en « servent » pour donner des faveurs sexuelles, se demandent s’ils vont la violer ou pas, s’ils vont « la baiser » ou pas etc… En tout, au moins cinq fois des appels au viol de personnages féminins durant le jeu (très souvent du fait d’un joueur particulier, qui semble avoir un gros penchant pour ce genre de fantasme…) et je n’ai pas compté le nombre de : « Une femme ? Ah bah moi je la baise ! », « Une femme ? Je la viole à votre avis ou pas ? », et les injures à caractère homophobe du style « Je suis pas une tafiole moi ! » qui ont ponctué le jeu, le tout sous les rires francs et gras des copains présents… J’ai fini le jeu en me sentant très mal, avec un sentiment d’injustice et de colère, d’avoir été purement et simplement niée dans mon humanité. J’en ai fait part au MJ et aux autres joueurs, qui sont restés assez muets sur la question. Le type qui était particulièrement virulent niveau « blagues»  sur le viol s’est défendu en me disant : « Si tu aimes pas le malsain, faut pas jouer avec moi ! »… Pas sûre que je retente de sitôt le jeu de rôle malheureusement…